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CLAUDEBABARIT

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Un SOUS-OFFICIER de réserve  rappelé en ALGERIE 

 

« L'Algérie étant considérée comme un groupe de départements français, une partie du contingent métropolitain y était normalement affectée pour y faire son service militaire.

Pour faire face au développement de l'insurrection en envoyant de nouveaux renforts, le gouvernement d'Edgar Faure décida les premiers rappels de disponibles (réservistes ayant terminé leur service militaire depuis moins de trois ans) . Les décrets du 24 et du 28 août 1955 rappelèrent tout le contingent 1953-2 (conscrits nés entre le 16 novembre 1932 et le 5 mars 1933), et maintinrent sous les drapeaux le contingent 1954-1 (conscrits nés entre le 6 mars et le 31 août 1933) qui était libérable à partir du 1er novembre 1955. Tous les officiers et sous-officiers de réserve nécessaires à leur encadrement pouvaient être rappelés, quelle que fût leur classe d'âge.  Selon les mémoires du général Salan les rappelés de 1956 avaient fourni environ 150.000 hommes à l'armée d'Algérie.»  http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=96

Voir  aussi :

Journal d'un rappelé d'Algérie: Mai-Novembre 1956, 200 jours entre Alger & Djelfa .    Histoire de la guerre d'Algerie en 1956    madoui.chez-alice.fr/madoui.histoire4.html

 

Rappelé en Algérie:  des pages troublantes de vérité et de chaleur humaine. C'était une guerre qui ne disait pas son nom. On parlait pudiquement des « évènements d'Algérie »

LEON  raconte : 

« D'Avril à novembre 1956.SOUVENIRS PERSONNELS  extraits des lettres envoyées à mes parents pendant mes 7 mois de Rappel et que ma  mère avait précieusement conservées.

Je n'ajouterai rien ; tout ce que je vais écrire est contenu dans mes lettres mais j'ai passé sous silence ce qui était plus personnel et familial. Je vois aussi que je n'ai pas tout dit à mes parents ». .

 

 

                                   -*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

LIVRET MILITAIRE :Rappelé à l'activité : rejoint le 117ème. R . I   , 2ème. Bataillon ,3ème. Compagnie ,au camp de Meucon.,le 17 Avril 1956 ; Fait mouvement vers l'Algérie . Embarqué à Port Vendres sur

L'El Djezair le 3 mai 1956 ; Débarqué à Alger le 5 Mai . Stationné au camp de transit de la base d'Alger du 5 au 7 Mai . Dirigé le 7 Mai sur les Trembles , département d'Alger . Stationné à Bir Rabalou du 7 au 25 Mai 1956 . Dirigé sur Tablat , col des deux Bassins , du 25 Mai au 10 Juillet . Stationné à la maison forestière de Tala- Oussen du 16 Juillet au 17 Août . Fait mouvement sur Tablat et stationne au lieu sus-dit du 17 au 21 Août , dirigé sur Aumale et stationne du 21 au 28 Août . Mis en route avec la compagnie sur Stephane Gsell et stationne au lieu dit du 28 au 29 Août . Fait mouvement sur Aumale le 29 Août et stationne à Aumale du 29 Août au 5 Septembre . Mis en route sur les Trembles , département d'Alger , le 6 Septembre et stationne au dit lieu du 6 au 27 Septembre . ; Fait mouvement avec la compagnie le 28 Septembre et stationne à Beni Slimane du 28 Septembre au 16 Novembre 1956 .

 

            ( Ceci est le texte inscrit sur le livret militaire)

 

 

Dans le train qui nous emmène de Vannes vers Port-Vendres

            Le train file , nous franchissons Velluire ; J'espère que vous m'avez vu au passage à Nalliers .

Nous avons quitté Vannes à 12h.30 , dans le calme . Beaucoup de cris , de «  gueulantes » contre Lacoste .

A Nantes , 10 minutes d'arrêt . Puis traversée de la Vendée . A La  Roche arrêt ; tous les vendéens sont descendus du train en criant . Quelques familles étaient là , entre autres une jeune femme avec un bébé sur les bras et qui courait pour voir son mari . J'ai cru que les gars n'en finiraient de monter , ça criait .

Evidemment ça m'a fait un peu quelque chose en passant à Nalliers et  en vous voyant tous les deux . Le train quitte Marans , nous filons sans arrêt . Demain de nouveaux rappelés arrivent à Meucon

Le temps se remet au beau , j'espère que la mer sera calme pour la traversée . . . nous allons longer les Baléares . Je ferai mon possible pour vous expédier cette lettre d'Alger . . . si c'est possible . Le moral est bon .

 

Jeudi 3 Mai   : 13h.     

Tandis que vous êtes à table , nous sommes à Port-Vendres depuis 1 heure ¼  parqués dans une prairie au bord du quai ; en ce moment l'El Djezair entre solennellement au port et débarque ses passagers . Nous avons 5 heures de retard : la cause ! les journaux ont dû vous l'apprendre , les incidents survenus à la Rochelle . Les gars , à plusieurs reprises ont refusé de monter en poussant de grandes clameurs . Puis par 6 ou 7 fois le signal d'alarme a bloqué le train ; total 2 heures de retard . Les soldats étaient calmes , mais il y avait des civils qui nous attendaient sur le quai ; ils ont commencé par distribuer des journaux qui mentionnaient des incidents à Velluire par les rappelés de  Fontenay . Ils ont excité les gars : «  Ne partez pas , partez chez vous , tirez le signal d'alarme » L'un des meneurs partit alors chercher d'autres civils pour manifester et nous aider quand ils ont vu que les soldats refusaient d'embarquer . Alors la police est entrée en action ; un cordon se met en place autour de la gare , mais ça criait de partout . Le train s'ébranla mais personne ne monta et le signal d'alarme retentit aux applaudissements des civils rassemblés sur le quai et sur une passerelle au dessus du train . Pas un officier n'intervint , heureusement . Seul un commandant qui se trouvait là voulut s'interposer entre les civils et les soldats . Peu s'en fallut que son intervention ne tourne à la bagarre.

Peu à peu les esprits s'apaisèrent , les soldats remontèrent , mais au démarrage de nouveau le signal d'alarme tandis que les civils applaudissaient . Quel vacarme ! 5 ou 6 fois de suite le signal !Enfin 2 heures de retard et ils ont gagné la partie en coupant les freins actionnés par le signal d'alarme . A Bordeaux, à minuit , un civil décroche la moitié du train au départ ; le train part à moitié et doit faire machine arrière .1 heure de perdue .A Narbonne enfin , le chauffeur de la locomotive ne voulait pas partir et quelques cheminots essayaient d'exciter les gars , mais le calme a demeuré .

Maintenant les gars vont et viennent dans la prairie , mangent , écrivent , se lavent , tout est calme . Tous les incidents ont été provoqués par les civils et les cheminots . Aussi dans les autres gares d'arrêt ( Bordeaux , Toulouse , Narbonne , Perpignan) un cordon de police occupait les quais . Les pauvres , ils en ont entendu ! S'il n'y a pas de meneurs à l'embarquement tout ira bien .

L'embarquement va se dérouler de 5 à 7 heures . Il paraît que nous devons faire escale aux Baléares , malheureux que ce soit cette nuit . En principe nous devons arriver à Alger demain soir.

Dernière minute : Embarquement ce soir , mais départ de Port-Vendres seulement demain  matin ; escale dans la journée aux Baléares .   

 

 

Vendredi 4 Mai : «  Quelque part en mer ,entre les Baléares et les côtes espagnoles . Depuis près d'1 heure nous longeons les Baléares . Je suis installé au soleil , un peu dans le vent , tout à fait à l'arrière. Je vais vous décrire ce que je vois pour vous faire participer à mon voyage . Mon papier est sur la rambarde du bateau . Je suis debout .

Sur la gauche , dans le sens de la marche , tout l'horizon est barré par une côte très  abrupte tombant à pic sur la mer . Une série de rochers pointus ou estompés surplombe les eaux .

 

En ce moment un Yacht aux voiles blanches nous croise tout près , tandis qu'une troupe de mouettes nous suit , dans le sillage du bateau . Nous avons longé 2 îles , avec les mêmes rochers auxquels s'accroche un semblant de verdure . Entre 2 rochers , on aperçoit au creux de la vallée quelques maisons blotties près de la rive et , dans le lointain , toujours les mêmes rochers dénudés. Je pense que ce sont les îles Majorques .

Sur la droite , la mer , rien que la mer , d'un bleu foncé , à peine ridée ; le soleil est radieux . . .  pas un passager n'a le mal de mer.

A l'horizon vient de surgir , en avant de la côte , un énorme rocher sauvage dominé par un phare ; derrière , la côte semble s'adoucir .

( je change d'endroit pour mieux voir l'horizon)

Nous venons d'entrer dans la baie immense au fond de laquelle apparaissent les maisons de Palma, avec un vieux château dominant le tout . . . 

Je reprends , il est 11h. ½ ; La baie est splendide . Le bateau a franchi l'entrée en ralentissant . Une vedette s'est approchée , un homme est monté à bord et aussitôt le bateau s'est mis à quai . Très peu d'animation sur le quai , 5 ou 6 douaniers , plusieurs taxis aux voitures presque préhistoriques . Pour transporter les bagages vont et viennent des voitures attelées d'ânes et de mulets . Pendant l'escale je suis monté sur le pont et , avec des jumelles , j'ai inspecté toute la ville étagée sur le flanc de la montagne ; de brillants hôtels ornent les quais : Hôtel Majorca , Victoria , etc…

Dans les rues circulent   de belles voitures à côté des voitures à cheval pour le transport des bagages . Des jeunes font de la moto , du vélo , du scooter .

Une belle cathédrale domine la ville où se remarquent de ci de là des palmiers et autres arbres méridionaux .

Les quelques passagers civils sont descendus et, sur le pont, on prépare le débarquement de 3 voitures à l'aide d'un palan . Enfin , à 6h.1/4 les sirènes du bateau mugissent , la passerelle est retirée et peu à peu le bateau quitte le quai , l'escale est terminée , Palma s'éloigne peu à peu , la côte disparaît bientôt ; la mer partout !

Il est l'heure de passer à la salle à manger . Auparavant je me fais payer un pastis au bar du bateau . Repas luxueux ! par les hublots je vois la nuit tomber ; sitôt le café je monte sur le pont aspirer l'air frais du soir , il fait admirablement bon . Je vais et viens en regardant la mer , puis m'enfonce dans la salle de cinéma  ( un film archi bête , mais j'y vais pour la musique )

A 5h. ,  samedi matin , debout , cette fois en tenue de débarquement . Café à la salle à manger , puis sur le pont . Déja Alger la blanche est en vue

 

Samedi 5 Mai

Venons de débarquer. Il est 7 heures , traversée excellente , tout va bien . Devant nous : Alger , des arabes et beaucoup d'Européens .

Partons par car dans un camp d'entraînement pour 15 jours ; où ? Ne vous inquiétez pas.

Samedi soir :

Vous avez dû recevoir ma lettre de Palma et celle à la descente du bateau  . Après une traversée excellente , ce matin à 6 heures le bateau accostait au port d'Alger . A 6h. ½ , tout le paquetage sur le dos je franchissais la passerelle pour descendre à terre , comme l'on voit sur les journaux ou dans les Actualités . A la descente : don à chacun d'un casse-croûte , d'un paquet de cigarettes , de 2 cartes .  Alger est là , ville européenne très animée , mais avec des arabes , des femmes voilées , tout en blanc , ce qui ne manque pas d'une certaine élégance . 

Des cars et des camions nous ont conduits dans un camp à Hussein Dey , à quelques Kms. d'Alger . La route qui va à Maison Carrée passe devant le camp  . Depuis ce matin , les voitures se suivent dans les 2 sens , on  se croirait en France , seulement il commence à faire chaud et le vent nous nourrit de poussière .

Nous allons sans doute quitter le camp lundi , direction ?    . . .  Le camp est bien aménagé avec des lits sous des tentes de 20 . Nous sommes tous les sous officiers ensemble , ceux de la compagnie . Vous voyez , tout va bien.

 

Mardi 8 Mai : . .

 .Après presque 8 jours de nomadisme , nous voici enfin arrivés à destination .. . . Après 2 jours au camp d'Alger , à Hussein Dey , hier matin , lundi , nous embarquions en train à 7h. , wagons à  bestiaux .

Par Maison Carrée , Maison Blanche , Alma,, Belle Fontaine ,Menerville , nous arrivons aux fameuses gorges de Palestro ; là , paysage dont je n'ai jamais vu l'équivalent . . . A 12h. , nous débarquions à Bouira ; de là , à 4h. un convoi bien défendu se formait qui emmenait la compagnie à 2 kms. de Bir Rabalou , dans une ferme .

 

C'est donc dans une ferme française que nous sommes installés depuis hier soir . Les propriétaires sont absents et même ont de la chance d'être encore en vie . Il y a 26 jours , en pleine nuit , les rebelles sont arrivés à la ferme ; après avoir défoncé les portes , ils ont incendié la maison d'habitation . Ce sont les arabes qui travaillaient là qui nous l'ont  raconté . La maison est en piteux état , tout est calciné , détruit , sauf 2 pièces qui sont intactes et  où logent les officiers et le bureau . Granges et écuries sont intactes aussi ; nous logeons dans les granges avec une bonne couche de paille et 2 couvertures ; il n'y fait pas froid . Les arabes étaient contents de nous voir arriver ; l'un d'eux disait « depuis 25 jours nous ne dormons pas , nous craignons toujours le retour des rebelles » .

... Dans les ruines de la maison j'ai retrouvé plusieurs numéros de «  Vie Catholique », « Familial digest » , «  Bernadette » , des images religieuses , un grand crucifix . ;  Les arabes sont sympathiques , avec une nuée de gosses qui vont et viennent , vous regardent avec de grands sourires . . . .  

Nous sommes une compagnie entière , bien armés , avec sentinelles permanentes et doublées la nuit . A 1 km. ,sur une colline , se trouve la deuxième compagnie ; la pays est infesté de soldats , l'aviation survole le pays toute la journée , la circulation sur les routes n'étant autorisée que la soirée , avec un couvre-feu à la tombée de la nuit .

Le déjeuner est terminé, sieste jusqu'à 2h. ½ , ensuite un peu d'instruction .

Coup de théâtre ! Les propriétaires viennent d'arriver à la ferme , dans une superbe 203 et ont littéralement «  engueulé » le capitaine , l'accusant de violation de domicile , et en public , devant tous les soldats . C'est écoeurant , les soldats sont outrés  .C'est pour eux que nous sommes là et c'est à peine s'ils consentent à nous voir ! Maintenant les arabes déblayent les décombres de la maison .

Il est 2h. , la chaleur est presque accablante , dans le ciel planent, avec souplesse et grâce, des cigognes , il y en a beaucoup par là

Les journaux n'auront point parlé de la visite de Max Lejeune au camp de passage des rappelés , à Alger , dimanche la soirée . . . il a été plus vite parti qu'il ne le désirait ; les rappelés lui ont fait comprendre par leurs cris hostiles qu'ils ne l'aimaient pas tellement  .

 

 11 Mai   :    . . .  Aujourd'hui , fête de l'Ascension . Le capitaine a obtenu que le prêtre de la deuxième compagnie vienne nous dire la Messe. Je  prie pour ces Algériens qui circulent autour de moi et s'affirment musulmans convaincus ; c'est le Ramadam ( qui finit demain) et .ils n'acceptent rien dans la journée.

C'est la section qui assure la garde de la ferme dans la journée et toute la nuit ; je suis chef de poste , je viens de faire une relève et reprends mon écriture . L'instruction est commencée , nous avons creusé nos emplacements de combat et hier exercice de patrouille aux environs de la ferme. Le secteur est à peu près calme .

Dimanche , au camp d'Alger , j'ai rencontré Robert Berland débarqué du matin ; nous nous sommes retrouvés avec Guilbaud , Chauveau et Bardreau . J'ai dans mon groupe un gars de Saint Vincent , un Bossard dont les parents habitent près des parents de Monique Bossard .

La chaleur monte !

Il est l'heure de la soupe .

 

                                                                                                                     

Lundi 14 Mai . . .

  Depuis jeudi , pas grand chose de neuf . On est heureux ici et j'y passerais volontiers mes 6 mois . Hélas ! la fin de la semaine me trouvera à environ 50 kms. d'ici ; nous partons vers Tablat où nous logerons dans la nature . . . L'instruction  se poursuit  normalement : 2 marches ont été faites , 10 et 20 kms. ; Ce n'est pas la route qui fatigue mais la chaleur. . .   par contre le soir dès 8h. il faut le pull et la chemise si on ne veut pas grelotter ; les nuits sont plus que fraîches .

 

Le secteur est toujours à peu près calme . Notre lieutenant prend son travail au sérieux , les gars rouspètent mais marchent .  Ce soir je suis de garde .

 

Vendredi 18 Mai  . .

 . 1 Mois d'aujourd'hui que j'ai revêtu le costume militaire . . . à défaut de l'esprit militaire . Nous sommes toujours dans notre ferme ; le départ est repoussé à la semaine prochaine . J'ai reçu 2 de vos lettres , je les attendais ; presque 15 jours sans nouvelles , c'est long .

Que maman ne s'inquiète pas pour la nourriture. Donner un menu est chose assez difficile : toujours une petite entrée , puis de la viande avec des légumes , haricots , patates , ou des pâtes ; puis dessert (figues ou pommes ou  confiture) ; le tout arrosé d'un quart de vin ; pain à volonté . Ce qu'il y a est toujours bien préparé ; seulement la variété manque notablement et parfois la quantité , mais avec la chaleur qui croît on n'a vraiment pas grand faim . Chaque jour , de Bir Rabalou monte un camion foyer où on trouve un peu de tout .

Pour le travail quotidien , là il faut bien avouer que la chaleur le rend chaque jour plus pénible.

Lever à 6h.1/2 , toilette , jus ; à 7h.1/2 rassemblement , envoi des couleurs , départ à l'exercice par section ou toute la compagnie ensemble . A 11h. ou 11h ½  fin du travail , repos jusqu'à la soupe à 12h. puis sieste jusqu'à 3h.., rassemblement , travail jusqu'à 6h. ou 6h. ½ ; souper à 7h. repos , couvre feu obligatoire pour civils et militaires à 9h. . Ce matin nous sommes rentrés à 10h. , les gars étaient fatigués et le lieutenant aussi .

J'ai touché ma première paye , pas très élevée mais c'est pour le séjour en France : 12.064 FRS ; plus 5213 que vous avez reçus. La prochaine paye doit me procurer : 36.140 et vous de 15 à 20.000 frs. Où en sont les rappels de la 52/2 ?

Cette nuit , garde ; 1 nuit sur 4 !

 

Lundi  21 Mai 

. . .  Après 15 jours ici nous partons demain matin direction : le Col des deux bassins , au dessus de Tablat , sur la route d'Alger ; secteur à peu près calme paraît il.

Quelles ont été vos vacances de Pentecôte chez Marie Madeleine , à Tours ?

Hier nous avons fêté la Pentecôte ; dans la soirée un magnifique orage s'est abattu sur toute la contrée . Et pour agrémenter le tout, petite alerte vers 4h. qui s'est terminée par une promenade matinale dans les environs ; nous étions à 2 compagnies . L'opération a été relativement payante : quelques effets militaires ; nous avons arrêté 17 hommes et ramené 7 comme suspects ; cachés dans les blés ils n'avaient plus aucune arme , pas même un  couteau de poche . Le tout s'est passé dans le plus calme , pas un coup de fusil . La bande a été vendue , hier , par un arabe arrêté qui avait lui-même livré des armes . Evidemment à notre arrivée le dépôt de munitions était vide et le chef n'a pas avoué

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 07-05-2012 à 07h37

 Algérie 2 Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

Jeudi 24 Mai :

C'est donc mardi matin qu'un convoi de 13 véhicules a quitté la ferme de Bir Rabalou à 7h. ½ du matin . Nous avons suivi la route qui , par les Trembles , Seriet , nous a mené à Tablat .

Tablat petite ville toute neuve avec des maisons couleur crème , aux volets rouges ; de petits jardinets avec clôture et plein de fleurs , surtout des roses . . .  tout cela dans un cadre sauvage magnifique

De là le convoi a repris la route ; en l'espace de 10 KMS ; nous avons monté de plus de 500m. d'altitude , par une route en lacets taillée en plein flanc de montagne surplombant d'immenses vallées abruptes boisées au fond desquelles coule un oued . Au plan touristique , voyage intéressant .

Vers 10h. le convoi arrivait au Col des deux Bassins , à 916m.d'altitude. . Une auberge , 2 maisons forestières ,

un petit magasin arabe , 2 ou 3 garages , un petit bijou d'école avec logement d'instituteur , voilà le village du Col . Il s'étend sur environ 150 m. le long de la route nationale qui descend sur Alger . ; A l'horizon , partout d'immenses forêts de sapins couvrant les versants des montagnes ; décor incomparable . ;  la nuit , les chacals qui rôdent font entendre leurs miaulements .

 

A notre arrivée nous avons trouvé en place une batterie d'artillerie et un peloton de gendarmerie . Les artilleurs ont décampé le soir et nous avons occupé les logements . Les sous officiers logent dans de petites chambres . Les 3 de la section  ( Henri Chiron , Alphonse Teillet et moi ) avons une gentille petite chambre où nous sommes très bien : un lit de camp , une paillasse , un sac de couchage , 3 couvertures , avec ça on dort pas mal du tout , surtout quand les volets sont fermés . Une petite table , une cheminée , une ficelle pour le linge , des clous dans les murs pour suspendre arme et habits , voilà un peu tout le mobilier . . . .    

( là se situent des réflexions plus personnelles sur mes 2 cochambristes , des éloges )

L'autre soir nous avons récité notre chapelet ensemble .

 

Pour les sous officiers nous avons notre Mess dans le logement de l'instituteur absent ; avec une cagnotte nous nous proposons d'améliorer l'ordinaire .

 

Le secteur est à peu près calme . D'ailleurs le camp est bien protégé . : double rangée de fils de fer barbelés , postes de combat , notre armement , 2 auto mitrailleuses des gendarmes , plus un half track avec mitrailleuses . . .  et nous sommes sur une hauteur .

 

Sur la route circulent des cars , des  voitures civiles , des camions et des  convois . . . . Nous avons touché un chapeau de brousse pour remplacer les casques .

Au Mess , pour fêter la fête des Mères nous avons décidé de nous payer  l'apéritif et de petits gâteaux.

 

Samedi 26 Mai :

Actuellement le bataillon termine juste son installation dans le secteur de Tablat . Vraiment nous sommes privilégiés car nous avons des logements assez convenables , tandis que d'autres compagnies sont perdues en pleine forêt, obligés de construire des pistes pour permettre aux véhicules de les atteindre .

Notre chambre prend tournure chaque jour , on s'installe peu à peu . Au dessus de la cheminée un carton fixé au mur porte 3 photos : une pour chacun ; moi j'ai mis celle où vous êtes tous les deux. Et , dominant la chambre , un crucifix rustique fait de 2 bois assemblés . Le soir , avant de nous coucher , nous récitons ensemble une dizaine de chapelet devant notre crucifix .

 

 

                                                                                               

Depuis 2 soirs aussi nous faisons un grandiose feu de cheminée et faisons la veillée en commun ; le premier soir nous étions à 7 ou 8 à chanter , discuter , rire . Hier soir , réunion de séminaristes terminée par une prière . . .  et ensuite nous nous sommes endormis à la lueur des bûches qui se consument .

Jusqu'ici nous avons déboisé au dessus du camp pour augmenter le secteur de visibilité . Hier  la soirée , commencement de la visite de notre zone à nous départie . Terrain très pittoresque mais tout en montées et descentes abruptes et sans fin , ; ce tantôt, visite d'un autre coin ; pas de trop grandes chaleurs .

 

 

 

Comme civils français ici : un garde forestier avec sa femme institutrice et 2 enfants , une fille et un garçon ; ils habitent en face de notre demeure . J'ai trouvé un jeune algérien qui lave le linge , c'est très intéressant ..

Ce soir nous prenons la garde : 1 nuit sur 4 , mais nous coupons la nuit en deux .

Notre Mess commence à se monter : depuis hier soir nous avons des assiettes , c 'est bon ; la margarine remplace le beurre .

 

Hier tantôt nous avions un invité , un sergent de passage qui attendait une escorte pour descendre à Tablat . Nous sommes bien placés pour voir de tout , sans cesse passent des convois .

Le colis annoncé n'est toujours pas arrivé

 

Dimanche 27 Mai :

Il est 5h. de l'après midi ; dans une heure la section quitte la garde . Je viens de boire une orangeade avec des camarades , au foyer . Assis sur le coin de mon lit , devant la table , par la fenêtre je contemple un coin de l'immense forêt de sapins qui s'étend sur 900 m. d'altitude ; le soleil commence à décliner , les oiseaux chantent ; sur la route on entend siffler , chanter ;  de temps en temps les enfants du garde forestier passent en courant et s'amusent . . . malgré tout , ce soir je suis un peu  mélancolique ; heureusement à plusieurs on se soutient .

Voilà un peu ma journée : Lever à1h. ¾ ce matin , nous étions de garde et comme d'habitude nous partageons la nuit à 2 . J'ai pris de 2h. au réveil , à 7h. ½ le dimanche ; relèves à 2h. , 4h. ,6h. , rondes entre temps . A 8h. jus au Mess , lever des couleurs , toilette . A 9h. je descendais à Tablat chercher le prêtre ; petit voyage d'agrément . Messe à 11h. ¼ . A 12h. déjeuner . Nous avons pris apéritif et petits gâteaux pour marquer la fête des mères et  avons porté des «  santé » à nos mères , épouses . . .  

Soirée : sieste , lecture , relève à 4h. , un tour au foyer et j'écris . Le peloton de gendarmerie descend à Alger et va emporter le courrier qui partira demain .

Petite vie tranquille en attendant les fellaghas en priant le Bon Dieu de ne jamais en voir .

Nous faisons notre ravitaillement nous-mêmes ; placés sur la grand route qui vient d'Alger , nous arrêtons les camions civils chargés de ravitaillement ; le sergent d'ordinaire voit si quelque chose l'intéresse , se sert , paye et le tour est  joué.

Que se passe t il en France ? . . .

 

 

Mardi  soir 29 Mai  -

C'est à la lumière de notre bougie de la chambre que je vous écris . Je viens de discuter chez nos voisins en dégustant une bière et avant de me coucher , voici un petit bonsoir .

Pas beaucoup de nouvelles depuis avant hier , vie toujours tranquille ; le matin on reste au camp , la soirée on va reconnaître une partie de notre secteur , ici ou là . Hier la soirée , reconnaissance plus longue et rentrée assez tard , mais le lever a été retardé à 7h. ½

Hier la matinée , nous avons fouillé et contrôlé tous les véhicules de passage , surtout les cars . Ca ne manque pas d'intérêt , mais ça me fait de la peine de faire lever les mains en l'air à des hommes souvent très braves , surtout à des gosses de 13 , 14 ans ; ce n'est pas beau la guerre !

Heureusement les gars «  gueulent » toujours contre les arabes , voudraient tous les tuer , mais en réalité se conduisent bien avec eux. En tous cas , personnellement , je ne permettrai jamais que mes gars brutalisent des gens souvent innocents . Souvent au cours des randonnées je prie pour ces gens qui me font tant pitié ! Voyons je me laisse aller , mais  j'y pense tellement !  

 

Jeudi 1 Juin :

Aujourd'hui j'ai cru que je n'arriverais pas à lire tout mon courrier : 6 lettres , le courrier commence à se débloquer . J'espère que mes lettres vous parviennent régulièrement . . .  je vous écris à peu près tous les 2 ou 3 jours et pense continuer à ce rythme , ce n'est pas le temps qui manque . Nous avons toutes nos matinées libres et la soirée jusqu'à 3h. , le temps de la sieste ; ensuite    petite visite de notre secteur de surveillance ; nous commençons à le connaître parfaitement ; d'ici peu nous commencerons la visite plus complète : 2 douars très gros sont fidèles , un seulement est suspect . Pour nous secteur toujours calme . En somme , vie rêvée ! mais on finirait par s'ennuyer . Le service social de l'armée nous fournit des tas de revues , de tout , même «  La Vie » et le Pèlerin , et de toutes les dates .

Ce soir je vous ai envoyé un mandat de 30.000 frs. , j'ai gardé 9.000 frs.

 

Nous avons un foyer pour nous rafraîchir , mais l'eau aussi est bonne , à condition de ne pas en abuser . Guilbaud  ( de Pouillé) loge en face de ma chambre ou presque , nous nous voyons à longueur de jour . Bardreau est à une compagnie très mal installée , mais n'en parlez pas chez lui ; Joseph Boisseau y est aussi . Nous sommes d'emblée la compagnie la mieux installée et tous les autres nous envient . Bossard est dans ma section , mais depuis ce matin il est à l'infirmerie , ce n'est pas grave .

Il se fait tard , j'arrête ; demain les gendarmes vont à Alger et emporteront la lettre.

 

Lundi 4 Juin :  ( erreur de date sur ma lettre ?  )

Assis sur le coin de mon lit , avec toujours le même paysage de forêt devant les yeux , par la fenêtre , j'écris en attendant l'arrivée du courrier . Il arrive vers 11h. par l'escorte qui descend à Tablat , tous les matins .

Hier , nous avons eu une belle journée de dimanche . Il ne faut pas grand chose pour faire plaisir , le simple fait de changer de tenue . En effet , nous avons touché une tenue de toile , tenue claire , crème , très bien , tenue d'été . C'était la première fois depuis le bateau que nous quittions le treillis pour prendre une tenue propre , tenue de dimanche ; ça fait du bien d'être propre de temps en temps . Le seul inconvénient c'est que la tenue est extrêmement salissante , et. . .  laver !

La journée a été bonne ; Messe à 11h. , c'était à mon tour de diriger les chants .

Déjeuner : apéritif , viande , frites en abondance , salade , dessert ,digestif ; il y a longtemps que nous n'avions fait un tel repas . Après à 2h. , à 5 sous-officiers nous avons profité de l'escorte qui redescendait l'Abbé à Tablat pour aller faire un tour . Toute la population était descendue des montagnes ; le spectacle était unique ; des hommes en burnous blancs , à pied , ou à dos de mulets , se saluant avec  force gestes et embrassades ; des hommes , des gosses , pas une femme ! Et nous , nous déambulions en grande tenue , l'arme à l'épaule ! Nous sommes remontés au col où nous attendait un air plus sain , beaucoup moins chaud . Repos , puis souper . Après , notre section prenait la garde ; mise en place des sentinelles . Je m'apprêtais à aller au lit , étant de faction à 6h.1/2 ce matin , quand subitement le capitaine a réclamé une escorte pour descendre à Sakamody ; étant le seul sergent libre à la section , j'y suis descendu . Tout s'est bien passé ; la nuit n'a pas été très longue puisqu'à 1h. ½ je prenais la garde . . .   

                                                            

Je ne sais pas ce que disent les journaux de France et la radio , mais notre secteur est calme . . . Evidemment il y a eu les 21 tués des gorges de Palestro , dans le coin ,mais il faut dire qu'ils ont commis une grave imprudence . . . ils ont accepté d'aller manger chez des arabes et après un bon repas , n'ayant plus contrôle d'eux-mêmes , ils ne pouvaient plus rien faire.  

( nos renseignements étaient ils bons , aujourd'hui en 2009 , je me pose la question )

 

Samedi la soirée , petite visite de mechtas ; avec un groupe j'en ai fouillé 2 , contrôlant les identités , évidemment rien . Au retour , au détour d'un chemin , je trouve un arabe ( environ 50 ans ) portant du bois ; à notre vue , le pauvre , était affolé ; il avançait une main en l'air , tremblant comme une feuille morte ; quand je lui ai dit que sa carte était en règle , qu'il pouvait passer , je l'ai soulagé visiblement ; pauvre homme , il me faisait pitié ; en principe son village est fidèle .

Les maisons visités étaient propres , toutes sur le même modèle ; des bâtiments disposés en rectangle  entourant une cour intérieure à ciel ouvert ; chaque pièce comprend , sans séparations , une partie pour les animaux , une partie pour la famille . A l'intérieur il fait plus noir que dans un tunnel ; il n'y a qu'une petite ouverture , la porte ! Pour faire une fouille en règle il faut des lampes électriques et beaucoup de patience pour fouiller un tas de coins et recoins encombrés de grandes jarres en terre et de toutes sortes de choses . Les arabes de samedi parlaient bien le français et visiblement ils avaient la conscience tranquille .

Tous les sergents nous avons envoyé une lettre à «  ASTRA » , lettre de félicitations , en espérant qu'ils nous enverront un colis gratuit d'Astra .  ( La société n'a jamais répondu )

Cet après-midi j'ai présenté la Garde à un Colonel d'Aumale . 1h.1/2 de prise sur la sieste.

 

Mercredi 6 Juin : . . .    Aujourd'hui , dans la soirée , repos pour toute la compagnie , donc pas de sortie . C'est qu'hier , nous avons vécu une journée d'emblée la plus dure depuis notre arrivée . Dans la nuit de lundi à mardi , à 11h. ½  départ en camions , toute la compagnie . A Minuit ½  nous

commencions une marche difficile dans la vallée de l'Oued Isser , parfois dans le sable , parfois dans des roches et des cailloux , et dans l'eau de l'oued. Marche jusqu'à 4h. ½ . là une ½ h. de pause , puis marche de nouveau d'environ 3 kms. ; Là nous étions en position pour l'opération , tandis que la 1ère. Compagnie arrivait en face ; un avion de reconnaissance arrivait . Nous devions cerner un souk , un marché , situé en pleine campagne avec seulement quelques bâtiments tout autour . Les marchés ont lieu le mardi , c'est le rendez-vous de toute la région ; à ce marché a lieu un trafic d'armes pour les rebelles . Seulement notre arrivée avait dû être éventée, malgré toutes les précautions car quand nous sommes arrivés le souk était vide , à peine une vingtaine d'algériens pour nous accueillir ; donc opération manquée complètement . Seul un arabe a été arrêté , figurant sur la liste des suspects ; nous l'avons remis à la gendarmerie qui nous accompagne à chaque opération .  Nous sommes restés 1h. ½ au souk .A 9h. un hélicoptère est venu chercher un soldat qui s'était démis une épaule . . .   Nous avons marché de 9h.1/2 à 13h. , sans arrêt , en pleine chaleur , au moins 30 degrés ; plusieurs ont été fatigués, pour moi j'ai tenu le coup plus que je ne croyais . Evidemment , une fois arrivés , nous étions tous morts. Nous avons d'abord rallié la première compagnie ; j'ai retrouvé Emile Gourraud ; les sergents , nous avons été invités au mess de la première compagnie ; nous n'avions pas faim , mais une soif ! ! ! A 3h, par  Seriet , Tablat , nous avons regagné le col ; une bonne toilette , un léger repas et au lit jusqu'à 7h.1/2 ce matin

. . .   Le journal de ce matin est réconfortant au point de vue Algérie : 210 villages se ralliant , 2 P.C. détruits , aspirant Maillot abattu) . Pour avoir le journal, chaque matin , nous arrêtons un car qui descend d'Alger et nous payons le journal ; mais nous n'avons pas de nouvelles de France ; il paraît que la situation est assez mauvaise ; bientôt il faudra aller rétablir la situation en France ; est ce vrai que des rappelés prennent le maquis ? . . .  Et maintenant je vais aller la soupe ; nous ne faisons que rire , discuter , chahuter , quelle ambiance ; vous voyez on ne s'en fait pas . . .  

 

Vendredi 8 Juin : . . . .   Aujourd'hui le temps s'est rafraîchi . . . ce matin la vallée disparaissait dans les nuages . Au point de vue climat , il paraît que ce coin est l'un des plus  sains de toute l'Algérie !  Depuis le retour de notre opération , repos complet ; nous n'avons rien à faire , absolument rien .

Le journal de ce matin nous apprenait l'arrivée des rappelés de l'Ouest !

 

Lundi 11 Juin . . .     Ce matin , brouillard ; ce temps a fait annuler la sortie prévue . Aujourd'hui rien à faire ; nous ne sortons en opération que sur renseignement , ce qui est assez rare.

La  Croix Rouge nous a envoyé quelques jeux , entre autres un jeu de volley-ball ; Pierre Barbarit et moi l'avons installé samedi soir ; depuis il ne chôme pas . Autrement nous jouons aux dominos ou à la bataille navale ; la capitaine fait du bridge . Heureux d'apprendre par vous que des rebelles ont coupé la route de Tablat avec des rochers ; ils ont scié des poteaux électriques , coupé des routes , mais pas vu de rochers.

 

Mercredi 13 Juin : . . .    Comme par hasard , aujourd'hui, la section est de garde .J'ai pris cette nuit d'1h. ½ jusqu'au réveil . Dans la journée à tous les 3  ( sergents) nous assurons les relèves et les corvées. Hier la matinée petite promenade dans la forêt sentant bon la rosée et la menthe ; fouille de mechtas, sans succès , simple déploiement de force ! Avant hier , à Tablat un français a été tué sur la route et sa voiture incendiée .

Si j'en crois les journaux , la classe 52/2 de l'Ouest est affectée au secteur de Palestro , secteur plutôt mauvais jusqu'ici .

 Je continue à 1h. ½ ; en fin de matinée suis descendu en escorte à Tablat pour la liaison quotidienne ; la différence de température est incroyable .

 

Jeudi 14 Juin   . . .     Ce soir . . .  je n'écrirai pas longtemps parce que je suis fatigué. Ce matin , partis à 4h. ¼ ; nous avons fait un ratissage dans le secteur de Sériet qui , depuis quelque temps , s'agite un peu . Nous avons marché de 7h. à 1h. à travers tout terrain . Nous avons tout fouillé sur notre passage . Je vous assure que les mechtas je sais comment elles sont faites . J'ai vérifié des cartes

et des cartes d'identité ; puis après il fallait fouiller . Pour moi , tandis que mes gars fouillaient de temps en temps j'essayais de calmer les femmes apeurées et gueulantes et surtout les enfants , ces pauvres gosses qui pleuraient en se serraient contre leur mère . Quelques tapes amicales et un sourire parvenaient parfois à les calmer . Et en faisant cela on fait peut être autant pour la pacification qu'en détruisant tout et en saccageant . Vraiment je ne suis pas fait pour être militaire , mais pour bénir et apporter la paix du Seigneur . Quel boulot de malheur il faut faire parfois , ça me fait mal et pourtant il faut le faire et ne jamais se fier aux apparences . De temps en temps , au milieu de ces gens , je les offre au Seigneur , c'est encore ce que je peux faire de mieux pour eux . 

Opération sans résultat ; j'ai quand même découvert 2 cartouches de fusil de chasse dans une maison , mais fusil introuvable . On a emmené le type !

 

Mercredi 20 Juin . . .     Il est pourtant 4h. de l'après midi , mais il fait encore chaud , mais si nous étions à tablat ! c'est une fournaise .

C'est hier que nous avons eu la première piqûre contre le typhus ; aucune réaction . . .  la preuve c'est que ce matin nous avons fait une petite sortie dans le djebel . Ce soir encore nous prenons la garde ; pour moi : d'1h.1/2 à 6h. ½ du matin .

L'aumônier , l'Abbé de Lespinay , doit venir à Tablat dans 3 semaines

(J'espère que papa a eu du succès aux examens) .

 

Vendredi 22 Juin . . .

   Il est 13 h. , j'arrive du Mess, dehors le soleil est brûlant Je reprends à 3h. . Nous venons de chanter à tue-tête , c'est que pour dimanche prochain nous préparons une petite soirée de variétés en l'honneur de la St. Jean, fête de notre capitaine et  de pas mal de gars . A plusieurs sergents nous préparons un numéro de chant mimé ; ils sont venus le répéter dans notre chambre et ensuite nous avons déballé tout notre répertoire de chansons . Chaque section prépare un numéro . . .  en plus Pierre Barbarit et moi avons composé un chant sur la compagnie .

 

(Papa (directeur d'école primaire) doit être heureux du résultat de mardi ; ainsi pas un échec cette année ,  félicitations ! ; il va pouvoir se reposer sur ses lauriers une fois passés les prix ).

 

  Aucun commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 07-05-2012 à 07h37

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Lundi 25 Juin :

. . .   Que je vous parle un peu de notre journée d'hier . C'était la Saint Jean , fête de notre capitaine et de pas mal de gars . Vraie journée de fête .Le matin , à 8h. ½ grand Messe avec Kyrie , Gloria , Sanctus , Agnus chantés ; ensuite , petit déjeuner dans notre chambre avec grillées , nescafé ; Pierre Barbarit et Gaby Groisard étaient chez nous évidemment . En fin de matinée , répétition pour la fête de la soirée. Avant le repas , au Mess , vœux au Capitaine qui paye l'apéritif ; repas abondant : poulet . . .  vin d'Algérie à volonté et du bon. 1 ou 2 sont sortis plus qu'éméchés . Et les chansons et les histoires sont venues évidemment . . .   Vers 2h.1/2 on sortait de table . Il s'agissait ensuite de dresser l'estrade et la scène ; c'est que nous avions organisé une petite soirée théâtrale pour le Capitaine et pour distraire les gars . Elle a duré 1h.1/4 et a remporté un succès inespéré . ; D'abord : présentation des vœux au Capitaine et du cadeau : un magnifique porte-documents de 8 . à 10.000 frs. Payés par une collecte dans toute la compagnie . ; Ensuite un chant sur la compagnie que nous avons composé à

plusieurs et qui a eu grand succès . Divers numéros  ( chants , saynettes ) se sont succédés. Bonne ambiance , nous sommes heureux de notre première soirée organisée . Dans quelque temps nous remettrons ça.

Et pour clôturer la soirée : garde ( 9h. à 1h. ½ ) ; j'étais fatigué et dormais au poste de police ; je n'ai donc pas écrit comme je l'avais prévu .

 

Ce matin , pour me distraire , suis descendu à Tablat où j'ai vu Joseph Mouchard . A la 2ème compagnie, où il n'y a plus d'eau , ils en sont rendus à creuser leur logement sous terre , comme les fourmis : ils s'enterrent ; évidemment la poussière et la crasse sont de règle chez eux . Tout de même leur moral est excellent ; j'ai fait dire bonjour à Bardreau .

Nous reprenons la garde vendredi soir au lieu de jeudi soir et ensuite dimanche soir ; ce changement à cause des piqûres ; j'aurai la deuxième jeudi matin ; la première s'est très bien passée

Je suis à peu près à jour dans mon courrier . . .   Aujourd'hui je vous envoie 2 photos , 1 prise à Port-Vendres  ( j'ai l'air un peu hébété) dans le camp juste avant l'embarquement ; il y a Pierre Barbarit au milieu de la photo , avec le galon apparent et Gaby derrière lui . Celui qui est derrière moi et qui fait le Clown avec un autre c'est Henri Chiron  ; il a le calot clair . Sur la gauche on aperçoit les paquetages rangés par section . A l'arrière plan , les bâtiments de la Navigation Mixte derrière lesquels est amarré le bateau . Autre photo : Port-Vendres , le port .

A gauche , derrière les bâtiments , on aperçoit le bout de notre bateau . Une vue de Palma , avec la cathédrale un peu sur la droite . Une vue de la vallée qui passe juste en bas du Col ; ne vous y méprenez pas : le terrain qui est au premier plan , en pente et qui semble presque plat recèle une infinité de vallées et de montées harassantes ; c'est incroyable . Une vue de la messe à Bir Rabalou , le capitaine à gauche ; Henri Chiron à ma droite , avec le col blanc . Enfin une vue prise , voici 3 semaines , au Foyer ; Henri est à côté de moi et Alphonse Teillet en face de lui . J'espère que ces photos vous feront plaisir ; inutile de vous dire de ne pas les égarer , j'y tiens .

 

Mercredi 27 Juin :

Il est 13h.10 ! nous arrivons du Mess . Le repas a été assez convenable . Depuis quelque temps l'ordinaire s'est bien amélioré , nous mangeons convenablement .

Pas de lettre de vous .

Aujourd'hui ma lettre ne sera pas longue , je manque d'inspiration ; que voulez-vous , enfermés dans nos barbelés nous n'avons aucune nouveauté .

Hier , en revenant d'une petite tournée , nous avons trouvé ici , l'Abbé De Lespinay , aumônier militaire pour prêtres et séminaristes soldats en Algérie . Il est resté ici de 10h. à 18h. 30 , nous avons parlé très longuement , de tout . Le soir , nous avons fait une réunion  avec lui ( 33 gars ) , puis il a célébré la Messe . Il a profité d'un convoi pour descendre sur Tablat . La visite fait du bien ! . . . dire que dans 2 jours ce devrait être le jour de mon sous diaconat  . .  dans 2 jours , et je suis là !

Ce soir nous mangeons dans la chambre ; nous nous faisons une omelette au jambon . Le jambon vient d'Alphonse , les œufs on les a achetés ce matin à Tablat . Ce matin , avec Pierre  et Gaby et nous 3 on s'est fait des grillées beurrées avec du bon beurre de Vendée ; c'est Pierre qui a reçu le beurre dans une boîte de conserve soudée . . . 

Ne m'envoyez pas de colis pour le moment . . .  tout va bien .

 

Le 30 Juin , à 2h.1/2 du matin

L'heure vous indique tout de suite où je me trouve . A 2h. ½ du matin ce ne peut être qu'au Poste de Police , en compagnie de Gaby , à côté d'une lampe à pétrole dont l'odeur nous empeste . Je viens de faire une relève ; il fait un clair de lune magnifique et le temps est assez doux ; c' est sur le matin , vers  4h. , qu'il fait un peu  frais . cette nuit nous ne craignons pas grand chose . Depuis 2 jours , toute la région est envahie et contrôlée par un bataillon de parachutistes et tout un convoi stationné en permanence à l'intérieur du camp ; ceci apporte un renfort sérieux à nos effectifs . D'ailleurs le secteur

est toujours à peu près calme . Le journaux de France donnent des précisions sur des bandes rebelles se rassemblant par là , moi qui suis sur les lieux je vous affirme qu'il n'y a rien .

J'ai donc eu , jeudi matin , la deuxième piqûre ; dans la soirée , maux de tête et un peu de fatigue , c'est toute la réaction qu'il y a eu .

 

Nous continuons de nous reposer ; hier , la journée entière , à plusieurs nous avons joué au Monopoly , ce qui ne m'a pas empêché de penser que c'était le 29 juin , jour d'Ordination !

Un convoi du 3/117ème. est passé ici , j'y ai vu René Moreau ; ils partaient sur Aumale et maintenant ils doivent être de retour vers Boufarik . Le Bataillon de Fontenay est au repos

Il est 5h. ½  / Les para. Qui couchent dans leurs véhicules ou par terre sont déjà réveillés.

 

Dimanche soir 23h. 30 – Lundi matin 0h.

C'est encore à la lumière de la lampe à pétrole que je vous écris et au poste de Police . Dans quelques instants je vais aller faire une relève de sentinelles ; pour le moment Gaby fait une ronde  et à 1h. ½ j'irai dormir .

 

Les Parachutistes sont toujours là ; à longueur de journée et de nuit leurs véhiculent circulent ; ils multiplient l'entraînement et les opérations ; ça nous fait une petite diversion .

Aujourd'hui la journée a été chaude , brûlante , lourde ; maintenant encore l'air est chaud ; enfin nous voilà au 1 juillet , un mois de moins avant le retour

Il est 0h. 30 , tout va bien , la nuit est calme et chaude .

 

Mardi soir , le 3 Juillet :

. . .  Je ne sais plus où j'en suis dans mon courrier . ;. . .  Il est 20h. , le soir commence à tomber sur le Col ; ma lettre ne sera pas longue , d'ailleurs je n'ai pas grandes nouvelles à donner . Le colis de livres est arrivé en excellent état . La boîte de beurre va se voir entamer demain matin , elle va faire une belle mort . . .   Merci pour tout le colis .

( suit la liste de correspondances familiales  )

Les parachutistes sont partis dans la soirée , le calme est revenu . Nous avons eu la paye de Juin : 29.220frs. . Et vous , combien avez-vous reçu pour Juin ?

Ci joint une photo , celle avec les chapeaux de brousse.

 

5 Juillet :

C'est au terme d'une journée bien occupée que je vous écris . Vous avez sans doute appris par la Radio et les journaux qu'aujourd'hui les Nationalistes organisaient une journée de grève générale à travers l'Algérie ; ils ont déclaré attaquer tous les véhicules civils et militaires. Pour assurer la sécurité nous avons patrouillé toute la journée sur les routes entre Sériet et Sakamody ; ma section a patrouillé de 12h. 1/ 2 à 5h. ; nous n'avons rien vu . . .  sinon la chaleur qui était étouffante .

Mais surtout à l'heure qu'il est  ( 6h. ½ ) nous sommes énervés . Ce tantôt je trouve  le Capitaine qui me demande si je voulais aller faire un tour en France ; il s'agit d'aller à Marseille chercher des rappelés venant en renfort au bataillon . La compagnie doit fournir 2 sous officiers pour y aller . Vous pensez si j'étais heureux . Mais aussitôt j'ai pensé qu'Henri serait peut être intéressé ; comme ils doivent passer 3 ou 4 jours à Marseille il pourrait peut être faire venir sa femme ; alors je lui ai cédé ma place , c'est normal . Ce pauvre Henri est fou de joie , il ne sait plus ce qu'il fait . En ce moment il prépare son sac , range son paquetage , chante de joie . Alphonse et moi nous écrivons pour qu'il emporte nos lettres à Alger . Il part avec l'adjudant chef et un autre sergent de la Chaize le Vicomte .

 

Je ne vous  cache pas que ce soir j'ai un peu le cafard . Si Henri a le temps il essaiera d'aller chez lui à la Verrie . . .   Ci joint la photo de la chambre , au moins en partie

Ce matin , avec Alphonse , grande lessive . On se sert d'OMO ! il n'y a pas à dire , en faisant bouillir avec ce produit ça décrasse bien ; on arrive à avoir du linge assez blanc ; il ne manque   que le repassage , mais on est en guerre !

!Dehors les gars chantent «  la Madelon » ; beaucoup parlent des heureux partants de demain .

 

Samedi 7 Juillet :

. . .  J'espère que le courrier va mieux pour vous que pour nous ; mercredi j'avais votre lettre du 1 Juillet , depuis plus rien ; pourtant le courrier est presque quelque chose de vital .

Henri est donc parti hier matin à 6h. pour la France . Aux derniers renseignements , ils ont embarqué hier à 9h. à Alger sur «  le Pasteur » . Dans ce cas ils ont du débarquer ce matin en France , à Marseille . Il paraît qu'ils y sont jusqu'au19 Juillet ; ils vont  pouvoir aller chez eux

Si j' y étais . . .  mais il est normal de laisser la place aux gens mariés

Il est 4h. ; Alphonse fait la sieste encore , depuis 1h.1/2 ; que voulez-vous , il faut bien occuper le temps , de façon à ne pas trop penser . Pour moi j'ai terminé un roman commencé hier soir au lit . . .  Avec cela on devient paresseux ; tout ce qui exige un peu de réflexion , d'effort nous devient impossible . ; La fin de tout cela est à souhaiter le plus vite possible .

Mercier n'est pas encore arrivé , il ne devrait pas tarder .

(Aujourd'hui papa doit être en pleine préparation  de décors et de costumes pour demain ,les prix ! Et lundi ce seront les vacances . . .)

 

Nous partons cette nuit pour une petite manœuvre de 2 ou 3 jours ; rien de grave , le secteur est calme

 

Dimanche 15 Juillet :

. . . Quelque part dans le Djebel , aux environs d'Ouled Messaoud , petit village à environ 10 Kms. de Tablat

Vous devez être inquiets , 9 jours sans lettre , mais impossible de faire mieux . Je vous avais dit sur ma dernière lettre , celle du 8, que nous partions en manœuvre pour 3 jours . En réalité voici 8 jours à hier soir que nous avons quitté le Col et nous sommes toujours dans le Djebel , en pleine  montagne . Il s'agit d'une opération de grande envergure dont les journaux parleront peut être . 4 ou 5 bataillons , je crois , nettoient la région montagneuse , secteur de Tablat , Champlain . Tout le boulot le plus dur est fait par un bataillon de Para.  Nous , nous ne sommes pas bataillon opérationnel ; nous servons seulement d'appui à l'arrière du dispositif . La journée d'hier a été la plus payante : les Paras. ont récupéré plus de 30 fusils de chasse ,  d'autres armes , des munitions en pagaille ; ils ont arrêté plus de 200 rebelles , dont 3 étudiantes d'Alger servant d'infirmières ; elles sont passées là , hier soir , prisonnières très dignes , en tenue militaire française . L'une d'elles a déclaré aux soldats : «  je crois à ma cause » . Pour nous , nous n'avons même pas tiré un seul coup de feu ; le plus dur de notre travail a été de marcher dans le Djebel , sous le soleil . Nous avons marché surtout dimanche , un peu lundi matin , puis mardi et mercredi matin . Depuis nous sommes toujours sur le même piton boisé , au carrefour de plusieurs pistes . On devait rentrer hier , puis aujourd'hui , mais on attend toujours et j'ai bien l'impression que ce soir on couchera encore à la belle étoile ; en vérité on n'y dort pas mal du tout, au contraire . Seulement pas de rasage depuis 8 jours  , alors on a des barbes de toute beauté , sans compter que la crasse s'accumule un peu partout . Nous sommes d'adorables petits cochons ! . Pour la nourriture , évidemment , ce sont les conserves ; on les reçoit tantôt par hélicoptère , tantôt par camion selon l'endroit où on se trouve . En plus on dévalise les quelques rares mechtas du coin ; on y achète des œufs en pagaille , ça change un peu . J'arrive d'en acheter 3 pour nous 3 , Henri n'étant pas rentré de France .

Autre nouvelle : nous quittons le Col des 2 bassins ; le Bataillon s'implante dès aujourd'hui en pleine montagne dans le secteur qui vient d'être nettoyé. Partout : la montagne ! les  habitants sont aussi rares que les routes . Nous allons nous enterrer loin de toute civilisation .

En principe nous devrions être installés ce soir , mais nous sommes encore en opération . Nous allons remonter au Col juste le temps de faire le paquetage et en route . Nous allons voir de nouvelles régions , après tout ça ne manque pas de charme .

Je serai probablement 8 à 10 Jours encore sans vous écrire , mais ne vous tracassez pas . . .  je vous récrirai dès  que possible .

Hier soir j'ai vu le sous lieutenant Henri Baudry , de Chavagnes en Paillers , que j'avais rencontré en Allemagne au camp de Baumholder . Il est venu avec une rame de transport pour emmener les parachutistes . Je l'ai revu ce matin avant le départ .

 

            ( suit : toute une série de nouvelles familiales personnelles )

Il est 11h. !le soleil commence à taper dur sur la toile de tente ; il va être temps de préparer le déjeuner . . .   ou ce qui en tient place ! Après on fera une bonne sieste pour tuer le temps.

 

Jeudi 19 Juillet : Maison forestière de Tala-Oussen

 

. . .  Nous avons donc quitté le Col des 2 Bassins . Dimanche dernier , alors que nous désespérions de rentrer , l'ordre est venu de décrocher . A 7h. les camions arrivaient . 4heures de camion sur des pistes poussiéreuses et affreuses . A 11h. Du soir , nous débarquions au Col , au milieu de l'allégresse générale ; je vous assure que nous étions heureux , mais la nuit a été courte : minuit , 6h. ½ ;ces quelques heures ont été bien employées, nous étions tellement fatigués . Toute la matinée , il fallait faire les paquetages , tout préparer , quitter notre petite chambre . A 1h. Le convoi démarrait ; une rame du train nous transportait . En passant à Tablat on a eu le courrier . J'ai lu  mon courrier assis dans la cabine d'un Ford , à côté du chauffeur , un Algérien soldat, tout en surveillant pour ne pas perdre le convoi à travers toutes ces pistes.

A 5h. le convoi arrivait à  Tala Oussen . Prenez votre carte michelin , la région d'Alger . De tablat , vous prenez une route qui part vers l'ouest , descend , remonte et vous arrivez à la Maison forestière de Tala Oussen . C'est là que nous sommes installés depuis lundi soir . Le P.C. est dans la maison forestière inoccupée et les sections sont réparties sur les pitons qui dominent la cuvette . Souvent nous descendons à la maison forestière , c'est à 10 minutes de marche . Nous sommes là avec toute la 1ère. Compagnie ; j'ai retrouvé Emile Gouraud et Bernard Chauvet , nous nous voyons à volonté et nous avons aussi un prêtre avec nous . Nous avons monté notre tente hier et cette nuit nous avons dormi . . .  comme des brutes !

Hier soir , le convoi arrivant de Marseille est enfin arrivé . Nous avons accueilli Henri avec joie . . . .  Tout est installé sous la tente , je descends me laver . Désormais notre tenue est : short , torse nu à cause de la chaleur ; les flanelles sont sales en 2 ou 3 jours et l'eau est un peu rare pour se laver .

Nous avons reçu hier une quarantaine de nouveaux venant d'Allemagne ; les uns ont 22, 23 mois de service , d'autres 3 ou 4 mois .

 

 

 

 

Samedi 21 Juillet :

 

En principe un convoi va partir pour Tablat et emportera le courrier !

Il est 16h.1/4 ; assis sur mon lit , au bord de la tente , face aux montagnes dont les sommets disparaissent dans les nuages . Depuis hier soir le temps s'est rafraîchi ; pourtant , disparus dans nos couvertures , nous avons bien dormi . Ce matin , nous sommes descendus à un souk pour affirmer notre présence dans la région : ¾ d'heure de marche . Nous n'avons fait aucun contrôle , mais du commerce . J'ai pris 2 thés à la menthe , spécialité des arabes , très bon .

Désormais nous voici complètement installés sur notre piton , ça change du col . J'ai à 2 pas de la tente une petite prairie où je puis me promener en toute tranquillité et au calme pour méditer . Tous les matins , le prêtre de la compagnie célèbre la Messe . C'est un nouveau genre de vie qui a ses charmes

Nous sommes augmentés de 6.000frs. par mois avec rappel au 1 Mai. 

 

Lundi 23 Juillet :

 

. . . Le courrier ne part que de façon irrégulière , quand il y a un convoi . En plus , bientôt nous allons nous lancer dans le nomadisme . 2 ou 3 jours par semaine , tout le bataillon sera de sortie dans la montagne , ici ou là . Nous verrons ainsi de nouveaux paysages ; en vérité autant ces petites promenades que de rester à tuer le temps sous la tente , sans compter qu'en plus nous allons toucher la prime de nomadisme : 9.600 frs. Par mois ; mais j'aimerais leur laisser l'argent et rentrer en France .

 

Il est 3h.  nous venons de prendre le café avec plusieurs invités et on s'est bien amusés . S'il y a des moments parfois pénibles avec notre vie de broussard , il y a par contre des moments inoubliables où se crée une véritable amitié et dont nous avons besoin . Nous venons de nous aménager , dans la forêt , une délicieuse petite chapelle , en plein air , à 100 m. de notre tente.

Ci joint quelques photos : une de la chambre du Col des 2 Bassins , une autre prise à Tablat en tenue d'été . Il y a aussi sur la photo un enfant , celui de l'Hôtel de Tablat , il voulait absolument être avec nous sur la photo . . une vue de la mosquée de Tablat. Et 2 photos de nos 8 jours d'opération : sur une je suis seul , en tenue de route et de combat ! ; l'autre à Souk el Sep ; nous venions d'arriver ; à moitié déharnaché je vérifie les papiers d'identité d'un arabe ; sur la gauche d'autres arabes attendent l'interrogatoire .

Après 2 jours de brouillard et de fraîcheur le beau temps est revenu , mais un petit vent frais persiste et tempère l'ardeur du soleil . Il fait bon sous notre tente . . .  où règne le silence , c'est l'heure du courrier .

La petite boîte de beurre était évidemment excellente ; ce soir on déguste une boîte de crabe avec de la mayonnaise en tube . Ce sera un excellent hors d'œuvre avant de descendre au souper .. . . .   Les jeux de monopoly et de diaminos ne chôment pas .

 

Mercredi  25 Juillet :

 

Il y a pas mal de lettres de vous que je n'ai pas reçues. . . 

Hier , contact avec des gens civilisés . La compagnie est allée faire une reconnaissance à Champlain . Petite ville , toute petite , mais très agréable , avec pas mal de Français habitant de jolis petits chalets , comme dans une station balnéaire . Nous avons découvert une jolie chapelle . . .  la première depuis le départ de Meucon ! . . .  Journée fatigante hier , mais bien agréable ; revoir des civils français , des maisons européennes , une route goudronnée , ça fait plaisir. Au retour les gars chantaient dans les camions . . . .Pour manger nous avions des rations , mais nous avons acheté , à tout un groupe, ce qu'il fallait et nous avons fait un bon repas .

Il est l'heure de la soupe et de descendre de mon piton . . . 

( Note personnelle ajoutée : au retour de Champlain , les gars étaient très éméchés , ils avaient trouvé du bon vin et . . .  avec la chaleur , vous voyez le résultat ; heureusement nous n'avons pas été attaqués en route) .

 

Vendredi 27 Juillet 

 

C'est le temps de la correspondance , mais , en fait , pas grand chose à vous dire . Nos journées son libres , en attendant la semaine prochaine où on va commencer le nomadisme . Nous partirons sans doute mardi matin pour rentrer jeudi ou vendredi . Nous allons rendre visite aux villages des environs , affirmer notre présence et leur prouver notre amitié ! ! !   Nous allons voir du paysage .

En France , quel temps fait il ? il paraît qu'il pleut à torrents ? Ici , plus ça va , plus la chaleur augmente .

Nous avons la messe tous les jours et , le soir , chapelet en commun . . .  

 

Dimanche 29 Juillet :

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Dimanche 29 Juillet :

 

Il est 3h. ¾ ; je pense que vous êtes à la Kermesse à Nalliers ; la fête doit battre son plein ! J'espère que le temps est  aussi beau qu'ici : un beau ciel bleu , un soleil très chaud , un petit vent parfois frais.

Je vis un  dimanche tranquille . Grand messe chantée à notre chapelle ; déjeuner , bonne sieste , lecture, goûter et petite conversation avec vous.

 

En réalité nous devions avoir , dans la soirée , une petite séance théâtrale avec présence du Commandant ; tout était prêt , mais une partie de la compagnie ayant dû partir brusquement en opération , vers  midi , tout a été  annulé. Ma section étant restée je suis donc bien

tranquille . Après ma lettre il me faudra faire un bon nettoyage des pieds et des jambes car on se salit terriblement vite .

La Croix-rouge vient d'envoyer à la compagnie un superbe poste radio portatif , à pile et secteur . . . nous mangeons en musique et pouvons écouter les informations de Radio Alger . Hier aussi nous avons reçu un colis de la Croix-rouge d'Aumale avec diverses choses .

Mercier et Bossard ont reçu un mandat de leur municipalité à l'occasion du 14 Juillet ; beaucoup de communes ont fait cela en envoyant à leurs rappelés colis ou mandat .J'ai fait un brouillon de réponse pour Mercier et Bossard .

Probablement nous partirons mardi matin pour 3 jours de promenade ; je récrirai au retour jeudi ou vendredi , ne vous inquiétez pas . . . 

( je parle ensuite longuement du voyage de mes parents chez ma sœur de Rennes )

 

    

Jeudi 2 Août :

Nous sommes rentrés ce matin , voici 4 heures , de notre promenade dans le Djebel. Une grande toilette pour  se remettre d'aplomb et vite quelques mots . . .   Que maman ne se tracasse pas pour la nourriture , ni pour la boisson ; l'eau est bonne , sans compter les piqûres qui nous ont immunisés . Peut-être sur la photo avais je l'air fatigué , mais actuellement je vous assure que je me sens très bien . . .  à part un bon coup de soleil dans le dos

Nos 2 journées de djebel se sont bien passées , pas trop , trop fatigantes ! Nous avons vu un peu de tout .

 1ère. Journée : maisons de montagnes , peu nombreuses , pauvres , mais gens sympathiques .

Hier matin : maisons plus nombreuses , propres , plus riches ; dans l'une les gosses ( filles ) se sont mises à pleurer , pleurer , avec des cris ; inconsolables ; seul un bonbon à réussi à en calmer une . Dans une autre mechta , pour un peu les gosses nous auraient sauté au cou ; ils n'étaient nullement effrayés , au contraire . Enfin , j'entre dans une mechta , une vieille se précipite vers moi comme vers un sauveur et me conduit près d'une jeune femme étendue sur le sol ; je l'ai cru morte , me suis approché ; elle avait l'air très mal en point , presque à l'agonie ; la vieille nous baisait les mains , implorant visiblement du secours . Je n'y pouvais rien , surtout ne pouvant me faire comprendre . Je m'y suis intéressé pour faire plaisir à la vieille ; tout ce que j'ai compris qu'elle était enceinte . Je l'ai signalé au Capitaine . Peut être le médecin militaire pourra t il y aller , mais aucune piste et il faudrait une escorte pour s'aventurer dans ces parages ; alors   ? 

Pauvres gens , pourtant très gentils envers nous .

Nous ne marchions , avec le sac , que le matin , de 5h. ½  à 7h. ½  ou 8 h.

La nuit dernière , bien fourré dans un buisson , j'ai dormi comme un prince sans la moindre trace de fraîcheur .

Maintenant nous allons nous installer à la maison forestière , nous avons quitté notre piton .

Voici le ravitaillement qui arrive ; il est 13h. 30 , nous allons pouvoir manger .

Tout va bien , moral excellent ; espérons que la quille est proche.

 

Dimanche 5 Août :

Notre Messe dominicale vient de se terminer ; il est 11h. , il fait déjà une belle petite chaleur bien africaine . A côté de moi , sous notre tente de nomades , se dispute une belote acharnée . Pierre Barbarit , qui passe en ce moment , a organisé un concours de belote pour occuper le dimanche des gars . Je vous assure que ça a mordu au-delà de toutes les prévisions

Le courrier n'arrive pas très régulièrement dans notre bled

Sommes reposés de notre tournée de la semaine , mais allons repartir cette semaine pour 3 jours encore ; je ne sais pas quel jour on part

Tout va bien ,  je suis en excellent santé .. .   Bonne soirée de dimanche ; pour moi , j'admire la montagne rocheuse et dénudée tout autour de moi .

 

Jeudi 9 Août :

Certainement vous devez attendre avec impatience cette lettre pour être rassurés sur mon sort . Je n'ai rien à vous cacher ; déjà journaux et radio vous auront appris la tragédie d'hier matin qui vient d'endeuiller notre bataillon . A l'heure qu'il est ce matin , 10h. 30 , peut  être savez vous déjà que ni Bardreau , ni Chauveau ne reverront Nalliers et , à la libération , au lieu de rentrer à 3 à Nalliers , je rentrerai seul . C'est un coup terrible que celui d'hier : 13 camarades de la deuxième compagnie sont tombés dans une embuscade , à environ 10 kms. d'ici , vers 9h. , alors qu'ils partaient surveiller une piste , comme tous les matins . Sur 16 , 13 cadavres , 1 blessé grave , 2 disparus qui sont rentrés ensuite. Jusqu'à ce matin on ignorait les noms ; nous venons de les avoir et , hélas , j'ai constaté que ces pauvres Bardreau et Chauveau sont parmi les victimes ; en somme , 2 à Nalliers , puisque Chauveau peut être considéré comme de Nalliers . J'imagine un peu la douleur des familles en voyant arriver le Maire . La dernière fois que je les ai vus , c'était le 8 juillet , le premier jour  de notre fameuse opération ; leur section nous attendait sur une piste , je leur avais causé quelques minutes . . . désormais . . . 

Pour moi tout va bien . Si j'avais pu vous envoyer un télégramme, mais impossible ici . . . .  Ne vous inquiétez pas pour moi ; nous ne sortons jamais à l'échelon section , toujours à l'échelon compagnie , donc absolument rien à craindre . D'ailleurs la bande qui ravage la contrée , celle d'hier , a eu 11 tués  ( 5 hier , 6 ce matin ) et plusieurs compagnies sont à sa poursuite et réussissent à garder le contact .C'est la seule bande du  coin !!! Ah , ce n'est pas beau . Joseph Boisseau et Joseph Mouchard ne sont pas dans le coup d'hier ; par contre , un sergent que j'avais connu au 8ème. B .C.P . en Allemagne y est resté  ( Morand ).

Peut-être après un tel coup va t on envoyer le bataillon au repos ; mais j'ai l'impression qu'on abuse de nous . Les 15 Jours de repos auxquels nous avions droit, on nous les a supprimés pour nous envoyer ici . Il faut bien dire que nous sommes , dans l'Algérois , le bataillon le plus mal installé ; à part notre compagnie , les autres ont toujours vécu  en montagne , sous tente , menant la vie de nomades . . . .  Après un coup comme celui là le moral des gars est plutôt bas. Pour moi ça va bien !

La journée d'hier a été très chaude , étouffante et aujourd'hui ça s'annonce pareil .

Notre sortie hebdomadaire n'a duré qu'une journée  et aller et retour en  véhicules ; donc pas fatigant .

Je ne m'attarde pas plus . Surtout ne vous inquiétez pas pour moi.

 

Dimanche 12 Août :

 

J'espère que vous avez reçu ma lettre de jeudi vous rassurant sur mon sort, après la tragédie de mercredi qui a endeuillé les familles de Bardreau et Chauveau ; je n'arrive pas à y croire que

pour eux deux c'est fini ! Aujourd'hui la Messe sera célébrée pour nos 13 camarades et leurs familles .

Le Courrier n'arrive plus que 2 ou 3 fois par semaine .

Il est 11h. et de nouveau la chaleur monte , mais il y a un peu de vent frais ; quand aux nuits elles commencent à devenir sérieusement fraîches . Mais peut être ne serons nous pas longtemps ici désormais . Le coup de mercredi est quand même assez grave pour faire réfléchir en haut lieu ; d'ailleurs il paraît que notre Commandant se démène tant qu'il peut pour nous sortir d'ici ; alors vivons d'espoir .

Tout à l'heure Alphonse Teillet part à Alger avec le convoi de ravitaillement , chez un dentiste ; les soins dentaires se font à Alger ; il va partir les bras chargés de commissions .

Le courrier arrive , j'ai votre lettre du 8 où vous me dites avoir reçu la visite de la sœur de Georges Bardreau !  . . . Les corps ont été inhumés provisoirement à Tablat , vendredi matin .

Pour Chauveau il avait le crâne défoncé m'a t on dit , mais pas Bardreau

 

Mardi 14 Août :

Bientôt il y aura 4 mois que j'ai repris la vie militaire ; le temps passe encore assez vite , Dieu merci ! Depuis ma lettre de dimanche , toujours pareil . Cette semaine nous ne sortons pas : grand repos , alors on lit , on écrit , on passe le temps , on joue et quand on est  sous notre tente , en plein air , on est heureux d'être «  chez nous » ; on apprend à ne pas être difficile .

Entre séminaristes de Luçon nous nous retrouvons très souvent . Ainsi hier soir : Pierre , Gaby , Emile Gouraud et moi nous avons discuté longuement sous notre tente, faisant des projets pour la rentrée prochaine ; c'était très sympathique !

Autre nouvelle : notre prêtre , un rappelé de Nantes , nous quitte , il est nommé aumônier vers Orléansville . Emile Gouraud rentre à l'hôpital Maillot à Alger , jeudi , il fait un lombago , ce n'est pas grave , ça lui fera un peu de repos . . . . 

 

Jeudi 16 Août :

 

Il y a 8 jours je vous envoyais une lettre attristée . Ce matin , grande nouvelle ; partout ça chante , ça crie de joie . la nouvelle vient d'arriver que nous quittons Tala Oussen demain matin . Pour le moment notre nouvelle destination est encore inconnue , mais chacun se voit au repos , dans une petite ville bien tranquille , pour au moins 15 Jours .  2 Bataillons du 117 sont partis pour Colomb Béchard , l'autre à Médéa, et nous . . . ? J'espère que ce soir nous serons fixés  . De toutes façons il est assez difficile de trouver un endroit plus mal que celui-là . Le plus terrible c'est qu'il a fallu les 13 victimes de l'autre jour pour ouvrir les yeux en haut lieu . De plus la cote d'alerte pour les malades était atteinte . . .  et , en plus , les toubibs réclamaient du repos pour le bataillon .

Pour le moment c'est la joie partout ; on rêve de route goudronnée , maisons , église , de gens civils et civilisés . Espérons que nous ne serons pas déçus . Il faut vous dire que les convois ici étaient chose rare , donc aussi le courrier ; chaque fois il fallait des véhicules blindés d'escorte , l'appui de l'aviation de chasse , des sections de chez nous pour faire l'ouverture de route .

Enfin , tout cela est fini . . .  aujourd'hui le moral est remonté de 50  % .

Le clairon sonne la soupe .

Je reprends ; il est 8h. du soir . Ce soir le vin a coulé en abondance , nous étions 6 à fêter nos anniversaires en ces jours . Nous avons discuté , mais surtout de nos 13 pauvres camarades . La médaille militaire a été attribuée aux soldats  grâce à notre commandant qui leur a fait des citations exceptionnelles . Quelle vie !

 

La nuit tombe ! Depuis ce matin , aucune nouvelle ; nous partons demain mais la rame de transport n'est  pas arrivée ( 38 camions pour 2 compagnies )  et nous ignorons toujours la destination

 

Vendredi matin : 9h. . Les camions arrivent , je viens de faire embarquer mes gars . Nous partons : secteur de Bir Rabalou ; grosse déception pour tout le monde . . .  les gars «  gueulent » ; nous ignorons le point précis.

 

Dimanche 19 Août :

.. . Les camions nous ont débarqués, vendredi midi , dans une ferme à la sortie de Tablat . Nous y sommes pour 4 jours ; les autres compagnies sont dans les fermes que nous occupions , près de Bir          Rabalou , dès notre arrivée en Afrique . Notre compagnie , mardi ou mercredi , va s'installer dans une

ferme abandonnée  ( et très moderne paraît il !) entre Bir Rabalou et Aumale , assez près d'Aumale . Là bas nous serons à la disposition du P.C. d'Aumale . Etant en plus dans cette région , nous n'aurons aucune zone à nous . En principe nous sommes au repos , en fait on se moque de nous ; on ne met pas un bataillon au repos dans des fermes qu'il faut garder avec 12 sentinelles par nuit . Notre commandant se démène tant qu'il peut , depuis 2 jours , pour que nous allions vraiment au repos ; les gars en ont besoin .

Pour le moment nous sommes à 2 kms. à la sortie de Tablat sur le bord de la route qui vient de Bir Rabalou ; la ferme est construite comme une vraie mechta , avec la cour intérieure . Mais le tout est à la française avec pierre , ciment , crépissage . Les chambres sont bien, avec plafond crème , murs vers et marrons , des persiennes vertes , des fenêtres avec de jolis rideaux . Nous logeons à 4 dans une de ces chambres . Cela fait du bien de revoir des maisons . Samedi matin , voyant passer une voiture civile sur la route , nous en sommes restés éberlués tellement on avait perdu l'habitude d'en voir . A  300 m. se trouve un grand bassin qui nous sert de piscine .

Il fait une chaleur épouvantable ici ( 400m. d'altitude seulement) et aujourd'hui souffle le siroco ; les bouffées d'air sont des bouffées de feu , ça vous brûle , on sue ; la sueur tombe en gouttes et la nuit c'est pareil . 

A l'instant , dernières nouvelles . Le Capitaine arrive d'Aumale , il vient  de reconnaître notre futur emplacement . Enfin il paraît que nous allons être bien . Nous allons loger , sous tentes, près du terrain de foot d'Aumale , dans une grande pépinière  Là nous aurons les 7 douches du terrain de foot. . Nous serons à 500m. d'Aumale , ville assez européenne , avec 2 cinémas , des restaurants , etc. .   ; Notre travail : garde au P.C. d'Aumale , garde de notre  cantonnement et peut être patrouilles en ville . D'après un sergent qui arrive de là bas  , ça va être la vie rêvée ; nous serons la compagnie la mieux installée . Départ vers Jeudi ou vendredi .

 

21 Août :

Juste un mot à la lumière de notre lampe . . . . Normalement nous devions partir aujourd'hui pour Aumale , mais nous faisions partie du deuxième convoi et les camions n'ayant pas pu revenir ce soir  nous passons la nuit ici et partirons demain matin . . .  Dites bien aux familles de Bardreau et Chauveau que les corps sont encore au cimetière de Tablat et que le rapatriement ne se fera sans doute pas tout de suite . .

 

Je ne comprends pas cette conspiration du silence autour de la mort des 13 camarades ; voilà 3 lettres que je reçois et sur les 3 vous ne soufflez pas mot de la tragédie , pourquoi ? Je suis sûr que vous le savez ; je ne comprends pas ce silence surtout que , de toutes façons , je ne puis l'ignorer étant sur les lieux

Vous me parlez d'une opération , sûrement celle qui a suivi l'embuscade ; elle a été sérieuse en effet puisque 5 du 4/117 y ont trouvé la mort , mais seule de  tout le Bataillon notre compagnie n'y a pas participé ; nous sommes demeurés à Tala Oussen où toutes les forêts brûlaient autour de nous , incendies criminels .

Nous sommes heureux d'être sortis de ce cauchemar ; jamais nous ne pourrons oublier ce mois là bas , les armes automatiques nous réveillant la nuit de leurs rafales  et tout , et tout . . .   Ici , bien que ce ne soit pas l'idéal , nous avons l'impression d'avoir fait un mauvais cauchemar . Désormais je crois que nous avons fait le plus dur .

 

25  Août

Aumale – 2h. du matin  . Me voici enfin dans mon cantonnement définitif depuis mercredi matin . A 10h. 1 /2 ce jour là notre convoi quittait Tablat . Délaissant la montagne nous avons marché vers la plaine de Bir rabalou sur une route macadamisée . A 12h. nous arrivions à Aumale , dans une pépinière , près du terrain de sport de la ville . Ma tente se dresse juste à l'entrée du camp , face à la ville dont j'ai le spectacle sous les yeux toute la journée . . .  et la nuit , de mon lit , j'admire les lumières de la ville .

Petite ville de 5000 habitants avec quartier indigène ( mosquée) et quartier européen ( église ). Je suis allé en ville hier matin pour la première fois profitant d'un camion descendant en ville ; je suis parti à 6h. ½ ayant remarqué , la veille , que la messe avait sonné à 6h. 3/4

Et à 7h. je pouvais assister à la messe dans une petite église bien sympathique située au centre de la ville ; 2 autres soldats ( séminaristes de la base d'Aumale) 8 à 10 personnes , 3 enfants , 1 enfant de chœur . Après la messe , le Curé est venu me voir , dans l'église ; curé très gentil qui met tout de suite à l'aise ; j'ai parlé quelques instants , puis je suis allé dans un café prendre un bon café avec 2 croissants chauds . Après quoi je me suis promené tout seul dans les rues comme un grand , faisant quelques achats . . .  de préférence dans les magasins européens ; il y a beaucoup de français à Aumale et sympathiques . . . à la différence des européens de la campagne ( les colons) qui auraient trop peur de se salir les yeux s'ils osaient les lever sur les soldats .

Et hier la soirée nous avons passé un moment très agréable . Le comité de la Croix Rouge d'Aumale , comité privé , a voulu nous offrir à notre compagnie un goûter ; pour chacun : un petit pain frais avec beurre et  jambon blanc , une bouteille de bière glacée , du raisin en abondance , 2 gâteaux , 2 crèmes glacées ; un vrai repas . . .  mais surtout une ambiance sensationnelle qui a fait beaucoup de bien aux gars . Je craignais une atmosphère un peu guindée , mais ces dames ( mairesse , sous préfette, etc. . .  ) ont eu l'idée d'amener dans leurs voitures leurs jeunes filles et surtout leurs enfants , une dizaine d'enfants loin d'être effarouchés ; ils se sont mis à circuler entre les soldats , courant , criant , discutant avec nous , apportant sandwichs, raisins , etc. .   . Tout de suite l'ambiance y a été , les gars ont oublié leurs embêtements ; je vous assure qu'il y avait une joie qui faisait plaisir à voir . J'ai retrouvé l'enfant de chœur du matin et ses 2 soeurs , ce sont les enfants du Maire d'Aumale ; il m'a bien reconnu :

 «  c'est vous qui étiez à la messe ce matin ! » ; et au moment du départ , quand les voitures sont passées devant la tente ils faisaient au revoir très familièrement comme si on s'était toujours connu  .

 

Demain matin j'irai encore à la Messe ; demain soir , à la répétition de la petite chorale paroissiale . Le Curé ( il était aussi au goûter) est un Angevin et a retrouvé des gars de vers chez lui ; il nous a dit que sa maison était à notre disposition quand nous voudrions et il nous a invités à déjeuner à la Cure dimanche midi , demain .

Dans la soirée , le même comité organise pour nous une petite séance récréative ; évidemment j'irai , ça changera les idées ; désormais je vais essayer de sortir en ville tous les matins et soirs ; ça fait du bien de revivre ainsi .

 

Hélas les embêtements sont nombreux : le repos promis , aucune couleur en vue ! mais : garde à la subdivision , garde ici , patrouilles de nuit en ville  ( sauf pour les sergents ) , section d'alerte en cas d'histoire , corvées ici et là pour messieurs les Colons et les Commandants qui feraient mieux d'aller passer 8 jours à Tala Oussen ; en plus nous avions un secteur à surveiller et il faudrait aller dans la nature . . .    Heureusement le Capitaine veut intervenir lundi , peut être au risque de se faire vider d'Aumale , mais ça ne peut pas durer ainsi.

Ma garde se termine et je m'endors ; je vais réveiller mon remplaçant .

 

Dimanche matin :

Hier matin , à 7h. je suis descendu  à la Messe avec Henri Chiron ( Alphonse Teillet était parti en escorte à Bou Saada) . Me voyant sans livre , le Curé a envoyé un enfant de chœur m'en apporter un . Après la Messe il m'a fait appeler à la sacristie pour nous réinviter à aller déjeuner chez lui ce tantôt . L'enfant de chœur , le fils du Maire , était tout heureux de nous saluer avec de grands sourires . Un petit tour en ville , café et croissants , à 9h. retour au camp pour remonter la tente que la tempête avait renversée .

Au début de la soirée , sur la demande du Comité d'Aumale , nous avons préparé quelques numéros pour la soirée théâtrale d'aujourd'hui , au foyer du soldat . Justement , vers 4h. nous sommes montés voir la salle , la scène ; immense salle avec fauteuils ; au fond , un bar et- jeux pour les militaires . Les gars du 117 qui donnent les numéros , la Croix Rouge d'ici nous paye un dîner en ville à 17h. . Après , direction l'église pour la répétition de Chorale : 3 hommes dont un organiste et l'autre qui dirige ; quelques petites filles et jeunes filles: les filles bavardant dans leur coin au lieu de chanter et , en plus , ces demoiselles étaient visiblement émues de voir tant de jeunes gens . . .  

A la fin , le Curé a emmené tous les militaires au presbytère : radio avec musique , sodas glacés , grande simplicité ; on a encore passé un bon moment . Une dernière promenade et rentrée au camp .

Ah ! fini Tala Oussen , la mitraillette à la tête du lit , le réveil la nuit au bruit des rafales et cet incessant état d'insécurité qui use les nerfs . Ici , plus d'armes , on se promène les mains vides dans une atmosphère détendue , reposante .

 

(   date inconnue de ce texte . . .)  En ce moment je suis au poste de police de la subdivision d'Aumale , en pleine ville , avec 4 sentinelles ; c'est la planque ; pourvu qu'on soit là personne ne vous embête . J'y suis jusque vers 9h. pour permettre à Alphonse d'aller à la Messe de 7h. ½ . c'est lui qui prendra pour le reste de la journée ; un dimanche ! c'est quand même pas drôle quand tout le monde se promène ; enfin ! 

J'ai les photos des 2 tombes , j'écrirai demain chez les Bardreau. Un drapeau français flotte en permanence au dessus des 13 tombes

La santé est excellente , la nourriture assez bonne ; d'ailleurs durant notre séjour ici je ferai plusieurs descentes au restaurant ; profitons en . Dans Aumale , les Français sont sympathiques envers les militaires . Depuis 4 mois que nous sommes en Algérie c'est la première fois qu'on nous manifeste de la sympathie .

Voyons , mon caporal de relève m'attend pour une partie de dames , j'arrête. 

 

Lundi 27 Août – Aumale :

 

Je suis au Presbytère d'Aumale , j'y passe la soirée avec P. Barbarit , G.Groisard et H. Chiron ; il est 4h. , nous resterons jusque vers 6h.

 

Hier matin , à 9h. , Alphonse est venu me remplacer à la garde de la subdivision

Petit tour en ville et direction l'église pour la messe paroissiale . La journée s'annonçait bonne . Aussitôt la Messe , nous traversons la place pour aller au Foyer répéter nos numéros pour la séance du soir .

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A Midi , 6 séminaristes ( nous 3 et 3 de la garnison) se retrouvaient autour de la table du Presbytère pour un repas abondant et dans une bonne ambiance . Ensuite , sieste , lecture , etc…

Avec un tel programme la soirée passait vite et à 5h. séance au Foyer ; une foule ! il est vrai que les 600 français d'Aumale ont si peu de distractions qu'ils saisissent la moindre occasion . Séance pas formidable , mais distrayante quand même , dommage qu'elle se soit terminée en queue de poisson avec des numéros peu adaptés . L'ambiance a été quand même assez bonne et tous les acteurs , nous nous sommes retrouvés dans un petit bistrot pour un souper offert par le Comité de la Croix Rouge . . .  Qui m'aurait dit qu'un jour j'irais faire le pitre sur le théâtre d'Aumale. Cela n'empêche pas que la population française d'Aumale a vraiment été chic avec nous, il faut le reconnaître et cela a fait du bien aux gars .

Lundi , journée normale . A 4h. nous sortions en ville ; on était juste arrivé à la cure , je commençais ma lettre quand brusquement on est venu nous chercher en camion pour partir en opération . En réalité notre section est restée au camp et l'opération s'est réduite à peu de choses , mais la soirée a été gâchée .

Et le soir à 11h. , ( 23h. ) G. Groisard est venu nous réveiller pour nous apprendre que nous quittions définitivement Aumale pour les environs de Masquerey . Drôle de nouvelle qui ne m'enchante guère , on était si bien dans une ville avec des Français malgré les embêtements de la Place

 

Hier matin , réveil à 5h. et à 8h. le convoi démarrait ; nous laissions Aumale sur notre droite pour nous diriger vers Masquerey . Des sections de fantassins protégeaient la route en particulier les 2 cols . Nous passons à Masquerey , puis abordons les hauts plateaux . Enfin , vers 10h.1/2 le convoi stoppe dans le bourg de Stéphane Gsell . Nous venions remplacer une compagnie de Tirailleurs Algériens dont plusieurs avaient déserté avec armes et bagages . Ici 7 familles françaises qui nous ont accueillis les bras ouverts car , avec les Algériens , ils ne vivaient plus ; «  au moins avec des métropolitains on pourra être tranquilles » . Ils sont sympathiques .

Stéphane Gsell , tout petit bourg avec une petite place au fond de laquelle un corps de bâtiments  : la Poste , la Mairie , l'école . Notre section loge dans la cour de l'école.

 ( j'ai pensé à celle de Nalliers) et moi je loge dans le logement de l'instituteur avec les 2 autres ; en réalité je loge dans le couloir qui sépare l'école du logement de l'instituteur actuellement absent . Nous

sommes formidablement bien dans ce couloir . En ce moment nous avons sorti notre table devant notre porte sur le bord de la place ; nous voyons les Arabes circuler sur la route , les gosses s'amuser. Nous sommes à quelques mètres de la Poste ; la postière est très gentille , elle a 2 petits garçons et 3 filles . Un peu plus loin un petit bistrot français qui fait des affaires d'or avec les soldats . En définitive on est très bien ici à part la chaleur ; hier , à midi , il faisait 33 à l'ombre ; il est vrai que depuis dimanche il y a eu un de ces sirocos ! ! Etendu sur le lit. La sueur coulait à grosses gouttes .

Pour le moment il fait bon à l'ombre .. Mais il paraît que notre séjour ici sera assez bref ; Boufarik pourrait nous voir d'ici peu dit on .

 

31 Août   -  Aumale

 

Eh oui , c'est d'Aumale que je vous écris alors que ma dernière lettre portait : Stephane Gsell ! On y était trop bien pour y rester . L'implantation à Stéphane Gsell a duré exactement 31h.30 , c'est un record ! Arrivés le mardi tantôt , le mercredi tantôt Aumale nous donnait l'ordre de rentrer le soir même . Et à 9h. du soir nous étions de retour à Aumale , une véritable histoire de fous  que l'on explique par la rivalité de 2 colonels : l'un nous envoie , l'autre nous ramène . Donc depuis hier matin nous voici de nouveau à Aumale peut être jusqu'à lundi ou mardi ; ensuite on remonte sur les environs d'Alger .

A Stéphane Gsell , c'est la première fois que nous étions aussi bien installés et la première fois que nous avons été regrettés par les civils français , surtout que ce sont encore des tirailleurs algériens qui nous ont remplacés.

Hier matin , calme plat . Dans la soirée je suis allé en escorte à Bouïra pour le compte de la subdivision , par Bir Rabalou , Aïn Bessem , . Au retour je suis sorti dans Aumale avec les camarades habituels ; nous avons discuté avec le Curé rencontré dans la rue ; pour finir : souper en ville .

Vous me parlez de libération ; ici on en parle aussi  . Des bobards circulent à longueur de jour . Le journal d'Alger en parlait enfin : libération des rappelés en tenant compte de la date de rappel , de la zone occupée en Algérie , de la situation de famille  et cela au fur et à mesure de l'arrivée des appelés ;  il en est arrivé  et d'autres arrivent le 3 Septembre ; je compte revoir la France à la fin du mois.

Pour répondre à vos questions : pas de Mess ici , ni à Tala Oussen ; les sous officiers mangent ensemble . . .  dans des assiettes ! et les gars dans des gamelles ! la nourriture est celle de l'Ordinaire ; c'est à peu près bon et suffisant .

J'ai terriblement bronzé et tous nous sommes noirs , grillés ; c'est forcé , torse nu et en schort sous le soleil d'Afrique .

Pour la solde nous devons avoir vers : 54.000 par mois ( les sergents célibataires ;)actuellement il y a une augmentation avec rappel au 1 Mai ; en plus nous touchons une prime spéciale , de maintien de l'ordre ; je dois toucher un rappel d'environ 30.000 , plus la paye normale .

 

La Garde ? alors , là , nous sommes spécialistes , nous la prenons très , très souvent et c'est un peu ce qu'il y a de plus dur ; pour moi je ne la prends que la nuit et pas toutes les nuits .

 

5 Septembre 

C'est encore d'Aumale que je vous écris mais c'est la dernière fois ; je vous écris adossé à mon paquetage . Nous allons donc quitter Aumale aujourd'hui après une implantation de ... Jours , mis à part Stéphane Gsell. Au point de vue militaire c'est une délivrance , la vie devenait intenable avec l'arrivée d'un nouveau colonel  ( un fou ! ) ; pas moyen de dormir , pas une minute pour les gars . Mais je regrette à Aumale : la ville , les familles françaises si sympathiques avec les enfants toujours fourrés avec nous , et surtout le Curé , l'église , les séminaristes de la garnison . Dimanche tantôt , après la Messe , tous les séminaristes ont déjeuné à la Cure , dans une ambiance toute ecclésiastique . Je suis allé chercher Henri et Alphonse et nous avons passé presque toute la soirée à la Cure . Vers 6h. nous sommes descendus en emmenant un séminariste capucin qui a soupé avec nous et nous a quittés vers 9h. . Journée bien remplie .

Nous devions partir de bonne heure , en fait nous sommes encore là et il est 11h. ½ ;  Nous partons aux Trembles , tout près d'ici , à mi-chemin entre Aumale et Bir Rabalou ; nous aurons certainement l'occasion  de revenir ici en escorte un jour ou l'autre .

 

Jeudi matin : Les Trembles

Nous sommes arrivés hier soir vers 5h. Aussitôt , installation dans la ferme où logent 3 vieilles demoiselles françaises très gentilles et 2 ou 3 familles arabes . Comme bâtiments , pas sensationnels : étables , toits à poules pour les gars ; Au début , à nous 3 nous avons voulu monter notre tente , juste au moment . . .  un de ces orages ! En rien de temps les toiles ont été enfondues et la tente s'est écroulée , nous étions déséspérés. Heureusement la dame nous a abrité dans une grange , ou plutôt un hangar agricole ; nous y sommes les mieux installés de la compagnie .

A l'instant , le propriétaire du matériel , ne voulant aucun soldat dans son hangar , est venu en coup de vent ; arrivée plutôt mauvaise , il voulait que nous dégagions les lieux ; nous lui avons expliqué la situation , que nous étions 3 seulement , 3 sous officiers dont l'un cultivateur comme lui , qu'il pouvait avoir confiance ; il s'est radouci , a discuté gentiment et nous a donné une grande poignée de mains en nous disant de rester pour le moment , qu'il reviendrait ce soir . J'espère que nous pourrons garder notre logement .

Vous voyez la libération comme une question de jours , je voudrais bien mais peut être faut il encore compter un mois , vers début Octobre .  (suite page 2)

 

  Aucun commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 07-05-2012 à 07h20


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  Blog créé le 06-09-2008 à 16h59 | Mis à jour le 11-05-2012 à 22h15 | Note : 4.00/10