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CLAUDEBABARIT

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 service militaire en 1956 Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

  Aucun commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 29-12-2011 à 10h40

 convivialité presbytérale Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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CONVIVIALITE  PRES BYTERALE  aux  SABLES D'OLONNE

 

Les prêtres  en mission à plein temps sur la paroisse N.Dame des Olonnes ne sont que deux  sur un territoire incluant le Château d'Olonne et Olonne sur Mer, avec l'aide a mi-temps et les week-ends d'un  diacre en préparation pour le ministère presbytéral.  Mais le samedi  midi ils font table ouverte au presbytère Notre Dame.  La plupart des  prêtres retraités les y rejoignent,  depuis leur habitat individuel, en  appartements, dont l'un d'entre eux à Port Olona,  un autre sur le remblai des Sables et quatre dans l'ancien presbytère Saint Pierre transformé par la paroisse en 4 studios.

 Presque tous sont sur un planning  pour les messes dominicales des différentes églises de la paroisse.   Ils ont déjà reçu, dans leur boite à lettres, ou par Internet le programme préparé par l'équipe liturgique de l'un des relais paroissiaux. Ils entendent du curé-doyen les consignes particulières pour le dimanche qui arrive, en sachant que les annonces seront faites dans chaque église par un laÏc de l'église locale et ils n'ont pas de souci à se faire de ce côté-là.  Ce samedi est le moment de la rencontre inter-générations, avec aussi le plus souvent la présence d'un séminariste, en semaine à Nantes. Ce jeune Hubert, et Jean-Marie, diacre, ont fait part , récemment,  de la rencontre à Paris de l'ensemble des séminaristes du grand Ouest et du Centre de la France avec une  célébration à  Notre Damme et des visites  de nombreux sites géographiques, religieux ou simplement culturels. Les plus anciens parmi les convives, eux,  sont   heureux de faire part de leur expérience  de 50 ans de ministère presbytéral pour la plupart. C'est autour d'une table simple et fraternelle, avec souvent l'occasion de célébrer un anniversaire survenu dans la semaine. Cerise sur le gâteau, si l'on peut dire, la cuisinière, russe  d'origine et musulmane de surcroît, avant de s'en aller  et de remettre son foulard,  a préparé une pâtisserie de sa composition et différente chaque samedi.  Cela fait chaud au cœur de se rencontrer quand arrive la solitude de l'âge, d'entendre les perspectives ouvertes par les jeunes générations  et  de partager fraternellement nos différences. 

  Aucun commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 18-12-2011 à 07h57

 Je voulais être marin- pêcheur: Damien Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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Image: peinture de Joel Leborgne, La Chaume

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« JE VOULAIS ETRE MARIN -PECHEUR» 

Damien raconte :

1934 : Je venais d'avoir 5 ans. Première rentrée scolaire à l'école libre paroissiale de St Martin de Brem. Mon père travaillait à l'entreprise Pouclet et ma mère à la maison pour notre famille de huit personnes au total : nous étions heureux. L'instituteur, déjà âgé, se faisait aider par ses deux filles célibataires, Thérèse et Odile. A l'école des garçons, nous étions environ 60 dans une classe unique. Tous en sarrault, en culotte courte, été comme hiver, sabots de bois et bas de laine tricoté »es par la grand'mère de Coex qui faisait elle-même sa laine au rouet. En 1937 l'instituteur Mr Bossard prend sa retraite, ainsi que ses deux filles. Il fut remplacé par un autre Mr Bossard, jeune instituteur et sans lien de parenté. Nommé directeur de l'école libre des garçons, il se faisait aider par son épouse qui prenait les plus petits parfois, les après-midi. En 1937-38 la classe comprenait 58 élèves. Avec ce jeune instituteur les méthodes changeait et l'enseignement devenait plus intéressant.

1939. A la déclaration de guerre, Mr Bossard Alexandre fut mobilisé, mais il fut renvoyé dans ses foyers et ajourné de l'armée, pour cause de mauvaise vue. Pendant son absence il avait été remplacé par un instituteur du pays Benjamin Frioux.

1940 : Les populations du nord-est de la France fuyaient devant l'arrivée des troupes allemandes. Les routes étaient encombrées par les réfugiés, mais aussi par les soldats français dans un désordre indescriptible. A St Martin de Brem aussi ces réfugiés arrivaient avec leurs maigres bagages. Malgré les restrictions qui nous étaient imposées, ils ont tous été bien reçus. Ils venaient surtout du département des Ardennes, soit de Charleville-Mézières, soit de Revin. Les troupes allemandes avançaient rapidement et c'est ainsi, alors que Maurice et moi, nous étions à jouer sur le bord de la route, un side-car, monté par trois soldats allemands, armés jusqu'aux dents, fit son entrée, en direction de la Gachère. Ils étaient en reconnaissance pour voir s'ils allaient rencontrer de la résistance armée.

Quelques soldats belges s'étaient retranchés en forêt d'Olonne dans la colonie de vacances de St Vincent, à la Chênaie, derrière la Sainte Emilienne appartenant au Père Grelet, curé d'Olonne. Ces soldats belges n'opposèrent aucune résistance. Ils furent faits prisonniers et probablement envoyés dans un stalag en Allemagne. C'était à la fin juin.

 

1941. Le 30 mai, on nous conduit, deux camarades et moi en voiture à cheval, à St Gilles sur Vie pour le certificat d'études. A partir de ce moment-là, les études étant terminée j'entrais dans le système du travail. J'allais avoir 12 ans. Dans cette période de début de guerre la misère la misère étant de plus en plus importante à la maison. Mon père, un homme rude et courageux, chercha du travail à la Chaume, du côté des conserveries. Il se fit embaucher à l'usine Graciet, gérée par Mr Jules Courtois. Toute la famille est venue s'établir à la Chaume. Les vacances scolaires étant proches, je fus placé dans une ferme de la commune de St Martin de Brem et qui s'appelle toujours les « Abattis d'en bas »

Angélina Fondain tenait un café dans le village de la Gachère. Un jour elle voit entrer un officier supérieur allemand. Elle eut très peur ! Ces arrrivants, à l'uniforme vert que l'on appelait vert de gris en imposaient et n'inspiraient pas confiance. Cet officier la rassura en lui rappelant que, quelque mois plus tôt, il venait en civil au café, car il était ingénieur civil sur le chantier de l'écluse de la Gachère, comme grand patron!

1943. A 14 ans, sur les recommandations du curé Barreau, je fus inscrit à la Mutualité Sociale Agricole, comme ouvrier agricole, ce qui me permettait de conduire un attelage de 6 bœufs pour les labours et tous les travaux de la ferme. Cependant je ne souhaitais pas rester dans l'agriculture. Mon objectif était de devenir MARIN PECHEUR.

A environ 800 mètres de la ferme, l'armée allemande avait installé trois batteries de trois canons de 88 m/m. Il ne restait dans les fermes que les hommes non mobilisables en 1939 et les jeunes de moins de 15 à 18 ans. L'armée allemande réquisionnait les jeunes pour travailler à la construction des blockhaus pour le Mur de l'Atlantique . Dans le Bocage c'était pour installer des « asperges de Rommel ». C'était des pieux en bois, placés aux 4 coins des champs et reliés par un fil central à une mine en plein milieu Elle explosait si l'on touchait à un seul pieu. Ce dispositif était en place dans les lieux susceptibles de recevoir des parachutages ou des planeurs alliés.

A la ferme nous avons caché un cousin, agriculteur à Aizenay et qui avait refusé de partir au STO Service du Travail Obligatoire, en Allemagne, de la classe 1943. Camille Simonneau. Nous prenions de grandes précautions. Il allait dormir dans le foin des étables avec le bétail ; il a beaucoup aidé à la ferme et il est resté jusqu'à la débacle des Allemands.

Nous avions parfois la visite de marins-pêcheurs de ST Gilles qui venaient en velo nous proposer du poisson en échange de nos produits. On s'éclairait à la bougie ou à la lampe à pétrole quand il nous en était attribué, mais en ce qui concerne la nourriture, dans les fermes on n'en manquait pas.

Les distractions pour les jeunes que nous étions étaient rares. Sur la commune de Bretignolles et sur le chemin qui mène à la mer, à la Garenne, il y avait un café avec une grande salle et un plancher en bois. Propriétaire : Deminier. Tous les jeunes de la région, des villages et fermes avoisinantes, se trouvaient au bal que le patron organisait. Il y avait également, au village des Granges, à l'entrée de la forêt d'Olonne, un autre café qui organisait, avec un accordéoniste, un bal où les jeunes venaient danser. C'était chez « Bichette » . Les souliers de cuir n'étaient plus remplacés quand ils étaient usés : il fallait se contenter de danser avec des « talonnettes », ces semelles de bois, recouvertes de cuir et fermées au talon. Pour éviter une usure trop rapide, on clouait sous la semelle des petites bandes de caoutchouc. Il valait mieux se mettre pieds nus pour danser la valse. C'était les seules distractions. Le soir il fallait rentrer assez tôt, à cause du couvre-feu. Ceux qui étaient pris sans « aussweiss » par une patrouille allemande étaient conduits à la Kommandatur et passaient la nuit à cirer les bottes des officiers allemands ; ce qui était très humiliant.

1944. 6 juin : débarquement des alliés en Normandie.

1944 . 15 aout au matin. Nous fûmes réveillés par une énorme canonade. Toutes les salves d'obus étaient dirigées vers la mer. C'était les bateaux allemads qui fuyaient le port de Saint Nazaire, essayant de rejoindre la base sous-marine de la Pallice à la Rochelle. Les Avisos anglais qui se trouvaient au large tiraient sur cette petite escadre en fuite. Le Thélus, fut coulé ainsi que deux autres bateaux au large de la plage de la Sauzaie, à Bretignolles. Un quatrième a pu s'enfuir.

Le moral des soldats de l'armée allemande est très bas. Parmi eux des Alsaciens, incorporés de force. Ils se faisaient appeler les « malgré nous », car ils se considéraient, avec raison, de nationalité française. Parmi eux, sur la batterie de canons de la Salibaudière, un artilleur qui cherchait à déserter l'armée allemande. Il se mit en relation avec une famille de vignerons, les Tessier, de la Frémière. Courageusement ils acceptèrent de le cacher sans connaître le temps que cela pouvait durer. Le père Philémon décida que l'endroit le plus sûr était la cave où il y avait non seulement des barriques mais aussi des fûts que l'on appelait des demi-nuids et qui avaient la contenance de deux barriques. La cache fut préparée dans l'un de ces tonneaux. Il y resta une quinzaine de jours jusqu'au départ de ses camarades. Ceux-ci, a vant de s'enfuir ont commencé par saboter les canons, en faisant éclater les culasses.

Nous avions un cheval que nous attelions au char à banc, pour aller à la messe le dimanche ou à d'autres cérémonies, ou encore à la foire de la Mothe-Achard. Ce jour-là, 5 'feldgraun', les verts de gris, passèrent à la ferme et s'emparèrent de notre cheval, ils l'attelèrent au char à banc et partirent avec. La nouvelle de leur départ fut très vite connue dans tout le pays. L'alsacien de la Fremière put enfin sortir de son tonneau. Par la suite, étant français, il s'engagea dans la Marine Nationale.

1945 : 8 mai : capitulation du pouvoir nazi, sans condition. Henri, le patron de la ferme et son frère Louis reviennent de la captivité en Allemagne. A l'insu des Allemands nous avions caché deux fusils de chasse. A 15 ans je suis devenu chasseur et le gibier ne manquait pas.

1949 : avec le retour des prisonniers, ma présence à la ferme où j'étais ouvrier agricole depuis 1942, ne se justifiait plus. Un jour Cléophas, le mari d'une sœur de mon patron, Léa, passe dans sa famille aux « Abattis ». Il était adjudant au Service de Recrutement de Rennes. Il me demande quand est ce que je dois partir pour le service militaire. Etant l'aîné de dix enfants, et donc soutien de famille, je pensais être dispensé, mais comme je ne souhaitais pas rester paysan, je lui réponds que j'aimerais faire ce service. Il me demande dans quelle arme. Tout naturellement dans la Marine.

C'est aussi l'année de mon premier pèlerinage national à Lourdes. Un très long voyage, avec un groupe de St Martin dans un car Tesson de Landevieille, fonctionnant encore au gazogène.

1949 : 18 octobre ; incorporation : vêtements militaires avec des sabots de bois, en attendant de recevoir le sac de marin.

1950 ; Toulon . Notre compagnie était chargée de surveiller les dépots de munition et de carburant, notamment près de Saint Mandrier. Au bout de quelques jours je fus détaché comme cambusier, commis aux vivres et distribution des rations alimentaires. Comme cambusier j'étais dispensé de garde soit en caserne, soit sur les postes extérieurs. J'avais des responsabilités et cela me plaisait.

Dans l'arsenal de Toulon, près de la caserne il y avait des barraques qui avaient servis, à la fin de la guerre, pour y garder les prisonniers allemands. Depuis un mirador installé sur un toit on voyait les bateaux qui s'étaient sabordés le 27 novembre 1942, avant que les armées nazies ne s'en emparent. Ce fut une catastrophe pour la marine nationale. Nous avions la visite des plongeurs-scaphandriers de l'Arsenal qui travaillaient dans la rade à la récupération de la ferraille et des munitions.

A l'occasion d'une sortie en permission sur le boulevard de Strasbourg à Toulon, je fus interpellé par un officier de marine. C'était l'Alsacien, déserteur de l'Armée Allemagne que la famille Tessier hébergé à la Frémière. Il m'avait reconnu. Engagé dans la Royale, au bout de 5 ans, il est devenu second maître. Quelques années plus tard la famille Tessier m'apprit son décès des suites de maladie.

Passant des week-ends chez l'aumonier Bougniol il m'arrivait de servir la messe. Par la suite le commandant de compagnie Molinari m' encourageait à faire carrière dans la marine nationale. Or c'était la guerre en Indochine et dans la spécialité où je me trouvais, j'aurais été bon pour aller sur le Mékong aux trousses des « Chintoks » : ce qui ne me tentais guère. JE VOULAIS ETRE MARIN-PECHEUR. Après 14 mois et 6 jours je fus démobilisé le 24 décembre 1950.

1951 : N'ayant pas d'embarquement pour la pêche, je me suis inscrit à la mairie des Sables comme chômeur. Dans leur fuite les troupes allemandes avaient fait beaucoup de dégats. C'est ainsi que j'ai travaillé au déblaiement du Casino de la Plage, au nivellement des block-haus, à la récupération des munitions et à l'enlèvement de tout ce qui avait été abandonné à leur débâcle.

1951 : mars. Lors d'une rencontre avec un cousin du côté de notre grand-mère de Coëx, Pierre Morin, de St Gilles, j'apprenais que son père, Florent marin-pêcheur cherchait un matelot, pour le remplacer car il allait partir au service militaire. Je fus embarqué sur sa pinasse « La Bonne Brise » comme inscrit maritime provisoire, matricule 5542. C'était un bateau de 8 mètres, armé à la pêche côtière. Nous sortions pour la journée au chalut. L'été, c'était la sardine au filet droit. Lors de ce premier embarquement et des autres, j'étais d'autant plus heureux que je n'avais jamais le mal de mer.

Louis Chavantré, un marin sablais que j'avais rencontré au service militaire à Toulon était devenu pour moi, un très bon copain. Il naviguait sur le chalutier-thônier JUSQU'AU BOUT, dont le patron était Cyprien Daviet. Par Louis j'appris qu'il y avait là une place de matelot à prendre. Je n'ai pas hésité. Je me suis fait débarquer de La Bonne Brise et le 17 juillet je partais pour la pêche au thon dans le grand large sur le 'Jusqu'au Bout'. Nous partions pour une marée de 15 à 20 jours, peut-être plus, mais comme je n'avais jamais été mousse, il me fallait tout apprendre : prendre le quart, tenir le gouvernail, s'occuper des engins de pêche, donner un coup de main à la cuisine...

Après la campagne de thon, il fallait préparer le bateau pour la pêche d'hiver, au chalut jusqu'au printemps qui se pratiquait à une trentaine de milles nautiques au large des Sables, aux abords du plateau rocheux de Rochebonne.

Pendant les périodes d'hiver, quand le mauvais temps nous empêchait d'aller en mer, nous nous rendions à l'Ecole des Pêches pour y préparer les diplômes professionnels, tel que le certificat de capacité à la pêche, permis de conduire les moteurs marins, certificat de radio-téléphoniste, dans l'idée de devenir, peut-être un jour, patron de pêche.

1953 : 8 avril , à St Gilles examen pour obtenir le Certificat de Capacité, ce qui allait me permettre de prendre le commandement d'un navire de pêche. Par la suite il m'est arrivé d'aller sur un chalutier pour remplacer un patron de pêche retenu à terre et permettre à un bateau de quand même faire sa marée. En fait celui qui commandait en mer, c'était un ancien de l'équipage, qui n'avait pas de diplôme, mais l'expérience.

Cela me permettait de me perfectionner avec des hommes qui avaient beaucoup navigué , sur des bateaux à voile, comme les Dundée, et avaient pratiqué différentes pêches, thon, chalut, sardine, casiers...

J'ai continué de fréquenter l'école des pêches en vue du permis de conduire les moteurs marins sur des bateaux de plus de 50 tonneaux et avec des moteurs de plus de 100 CV, pratiquant la pêche au dela de 50 milles marins ; ce qui était le cas pour le thon. En 1957 Certificat de Radio Restreint, car tous les bateaux qui pratiquaient la pêche au large s'équipaient de TSF, Radiogonio et Sonar électrique.

1953 septembre. C'est aussi sur le Jusqu'au Bout que j'ai subi mon baptême de tempête. A la marée d'equinoxe, nous avons été victimes d'un ouragan d'une rare violence. Alors que nous étions en pêche dans l'Ouest-Sud-Ouest, au large de Penmarc'h, à proximité du plateau continental, le temps était calme, mais avec une houle énorme.

Avec nous trois bateaux de type Dundée de l'ile de Groix, et un bateau sablais que nous avons reconnu pour être le T'EN FAIS PAS . Il était plus en direction de la terre, dans notre Est. Nous n'avions pas de moyen radio pour correspondre. Nous nous sommes rapprochés de lui en fin d'après-midi. L'état de la mer, la basse pression barométrique laissaient prévoir un fort coup de vent. Cyprien, le patron de notre bateau et le patron du T'en fais pas discutaient de la meilleure décision à prendre. Notre patron prit la décision de quitter ces parages réputés dangereux. Pour trouver une houle moins forte et prendre le large nous fimes route vers le WSW. Tout en préparant notre voilure en prévision d'une mise « à la cape » , trinquette, voile carrée et voile de tape-cul, avec des ris afin de réduire nos voiles au maximum.

Le patron du T'en fais pas qui avait fait une bonne pêche, avec des poissons de 8 à 15 kilos décida de rester sur cette zône de pêche, espérant que la tempête ne serait pas trop violente. Ce qui ne fut pas le cas.

Une dizaine d'heures après notre appareillage vers le large, des vents d'une rare violence nous ont obligés à stopper et à mettre le bateau à la cape. La voilure était prête , les sabords grand ouverts. Nous avons « saisi » avec des cordages tout ce qui pouvait bouger sur le pont. Le patron nous fit entrer à l'intérieur du bateau, avec interdiction de sortir car nous aurions risqué d'être emportés par un coup de mer. Nous avons mis à la mise à la cape, car la mer était toujours aussi démontée sous les rafales de vent, mais notre patron avait pris la meilleure décision. La tempête a duré plus de 24 heures, et avec la hauteur de la houle, les déferlantes pouvaient nous balayer.

Beaucoup de thoniers des ports de l'Atlantique se trouvaient sur cette zône. Les Vendéens purent rentrer dans les ports bretons. Les thôniers sablais relachèrent à Belle-Ile. Nous étions sans nouvelle du « « T'en fais pas », avec ses 22 mêtres, c'était le plus grand bateau thonier du port des Sables. Mais on ne le revit pas. Nous avons été les derniers à le rencontrer avant a disparition . Ce bateau était monté par un équipage de 7 marins. Le patron qui était jeune s'appelait Maurice Tron. Aucun corps, aucune épave n'a été repêchée. Cette tempête a causé la perte de 55 marins dans le Golfe de Gascogne. Le « jusqu'au Bout » sur lequel j'étais, se trouvait être un bateau récent puisque construit en 1949 par les chantiers navals Batifort. Il mesurait 14 mètres avec un moteur CLM de 75 chevaux. Nous étions à bord 5 hommes d'équipage, le patron Cyprien Daviot, le mécanicien Serge Clouteau, les matelots Louis Chavantré et moi-même, ainsi que le mousse Georges Daviot, fils du patron. Nous étions dans le WSW de Penmarch et dans le Sud Est des hauts fonds de la Chapelle. Quand le vent s'est calmé, après plus de 24 heures à la cape, nous avons fait route vers les Sables, où nous sommes rentrés sans avarie.

 

1953 : J'habitais chez mes parents, 63 rue Haute à la Chaume. Avec un très bon copain, marin lui aussi, Charles Mornet, quand nous étions à terre, nous allions souvent prendre un verre. C'était au café-épicerie, au coin de la rue du Regard et de la rue du Docteur Canteteau. C'est là que je rencontrai une très jolie jeune fille, Régine qui deviendra ma femme. Son père était marin - pêcheur et patron de la pinasse: « Vers le Calme ». L'été, il pratiquait la pêche à la sardine et, l'hiver la pêche côtière au chalut à crevettes.

Régine réparait les filets, sinon elle allait aider au café-épicerie. Nous nous sommes plus l'un à l'autre rapidement et fréquenté, avec le projet d'un éventuel mariage. Son père est décédé d'une maladie foudroyante et nous nous sommes mariés le 24 octobre 1953.

 

Désemparée par la mort de son mari, la mère de Régine nous a demandé d'aller habiter chez elle. Ce fut dans une pièce qui était mise en location l'été pour des estivants. Nous avons accepté. A l époque j'allais sur le chalutier Jeanne Héméa. Régine réparait les filets. Elle était rémunérée comme l'équipage, en percevant une demi part.

Dans une page du journal Ouest-France, difficile à dater on pouvait lire: « Si le marin partait en mer, sa femme jouait un rôle important à terre et notamment dans la réparation des filets ou dans les nombreuses conserveries qui dressaient leur cheminée dans le ciel sablais, On dénombra jusqu'à 14 usines. On appelait « garçonnes » les femmes chargées de l'entretien des filets à sardine. Le poisson se prenait dans les mails d'un filet bleu appelé « rets ». Les femmes devaient les réparer aussitôt pour que les sardiniers repartent dans la nuit. Ces ramendeuses installées sur les quais faisaient très couleur locale et intriguaient les estivants par leur franc-parler. Aux Sables elles étaient aussi nommées « tapineuses »

 

1955 : En août, je naviguais sur le Souverain des Ondes, un chalutier neuf construit aux chantiers navals Vallée frères, pour les deux frères Alfred et Noémi Baud. Ce bateau était armé au chalut et nous gagnions bien notre vie; nous allions sur le plateau de Rochebonne, à proximité des roches où le poisson était abondant. Beaucoup d'avaries et des filets déchirés. J'ai navigué sur ce bateau avec la famille Baud, pendant cinq années. J'y ai fait embarqué mon jeune frère Yves, comme mousse, car lui ausi voulait être marin.

 

1956 : achat d'un petit terrain à la famille Bénatier, au 169 de la rue Joseph Bénatier à la Chaume, en vue de construire. Au début, notre maison était la seule au milieu des jardins: ni eau, ni electricité; le quartier est né quand la ville a fait installer l'électricité, ce qui a eu pour conséquence la vente des jardins pour la construction.

 

1959 : naissance de notre fils Philippe.

 

1960 : La pêche à l'appât vivant (anchois et petites sardines) était en plein développement et les bateaux qui la pratiquaient gagnaient de bons salaires. En décembre je trouvais un embarquement sur le Daniel Robert qui armait depuis deux ans pour la pêche à l'appât vivant. L'hiver pour nous c'était la pêche au chalut de fond , mais, dès le mois de mai, nous préparerions le bateau pour la pêche au thon qui se prolongeait, si le temps le permettait, jusqu'à la fin septembre. C'est alors qu'en septembre et durant les grandes marées d'équinoxe nous courrions le risque de tempêtes. En fin de saison le poisson migrait vers le grand large et le golfe de Gascogne devenait dangereux.

 

1961 : C'était une pêche très intéressante mais plus fatiguante que la pêche au thon à la ligne trainante que j'avais pratiqué à bord du JUSQU AU BOUT et VADROUILLEUR, La durée des marées pouvait être de 15 jours à un mois en mer, au lieu de 8 jours à l'appât vivant.

 

1961 : année terrible pour les marins-pêcheurs. C'est au mois de juillet que le LOULOU & le TANIT ont sombré. Nous étions à bord du Daniel Robert. Le poisson se prenait assez facilement et notre marée se terminait. Les grands clippers bretons qui travaillaient dans le grand large, bien au-dela du golfe de Gascogne, ont signalé de fortes rafales de vent, en disant qu'ils se mettaient à la cape. Le 12 juillet, nous quittons ces lieux en faisant route vers les Sables. Quand les premières rafales de vent sont arrivées sur nous, nous étions dans le Nord de Rochebonne, à une trentaine de milles, dans l'Ouest des Sables. Quand nous sommes arrivées en rade des Sables la mer était énorme et pour d'autres ce fut la catastrophe.

Le Loulou, un thônier-ligneur, faisait route terre lui aussi, mais il avait depuis quelques jours des problèmes de radio et il ne donnait pas de ses nouvelles. On savait qu'il avait fait escale en Espagne. Sur le Loulou il y avait 5 marins, très jeunes: le patron Paul Martin et ses deux frères Elie et Serge, Marius Jarny et Claude Faugeron, tous du pays. Tout espoir de les retrouver corps et biens disparut quand une porte de cabine et des débris lui appartenant ont été découverts par le thônier-ligneur « Pas sans peine ». Le patron Victorien Viaud connaissait parfaitement le Loulou.

Le 13 juillet c'était le TANIT qui était porté disparu, avec son équipage de 4 marins chaumois, alors qu'ils faisaient route vers le port. Dans l'équipage il y avait le patron Pierre Sire, son frère Charles, Albert Retureau et Louis Huguet.

Dans cette tempête, un bateau de l'île d'Yeu est également disparu, avec 7 marins à bord. Pas moins de 16 disparus au total pour la Vendée. Les équipages de thoniers espagnols qui étaient en pêche dans le Golfe de Gascogne eurent aussi de nombreuses disparitions corps et biens.

 

 

1963 : Notre nouvelle maison était terminée. Nous pouvions y habiter. Régine y avait ouvert une petite alimentation sous l'enseigne SPAR, ce qui permettait aux familles de ce nouveau quartier de s'approvisionner sans avoir à aller jusqu'aux magasins du centre de La Chaume. Je continuais mon métier de marin.

 

1966 : Le docteur Borel, médecin des gens de mer diagnostique un problème de colonne vertébrale: après avoir navigué sur 14 bateaux de toute taille et pratiqué différentes pêches, à 37 ans il me faut changer de métier.

NOUVEAU CAP.

Sur Olonne, dans le bassin des Chasses, il y avait de l'ostréiculture; étant « inscrit maritime » j'étais prioritaire pour une concession de parcs à huitres. Un lotissement d'une vingtaine de parcelles allait être attribué. J'ai fait immédiatement une demande de concession. Très rapidement j'ai obtenu un parc d'une cinquantaine d'ares. Afin de commencer l'exploitation de ce parc, j'ai débarqué du Daniel Robert, pour pratiquer la pêche côtière, qui me laissait plus de liberté.

 

1964 4 mai : embarquement avec mon beau-frère, René sur son bateau, le Clymène pour la saison d'été à la sardine au filet tournant. Ce qui laissait du temps pour préparer les claires à huitres. Le bateau ayant désarmé en fin de saison, j'ai travaillé tout l'hiver, sur les claires pour les ensemencer de naissains au printemps.

Après avoir garni ma concession, il me fallait attendre dix huit mois au moins pour commencer la vente de mes premières huitres. Entre temps j'avais trouvé du travail dans cette profession.

 

1965 : 2 septembre: j'assurais l'entretien d'un petit bateau appartenant à un ami parisien qui s'en servait pendant les vacances d'été; il était très content que j' entretienne ce bateau que j'avais armé pour la pêche côtière. Cela me permettait aussi de conserver une couverture sociale et de cotiser à la Caisse de l'Enime.

 

DE LA LA PECHE A L'OSTREICULTURE

 

Débarquement définitif du métier de marin le 16 mai 1967. Depuis l'incorporation dans la Royale à Pont Réan le 18 10 1949 à ce jour, j'ai eu le statut de MARIN durant 189 mois et 4 jours.

 

J'ai continué dans le bénévolat avec différentes associations, parmi lesquelles la SNSM (Société Nationale des Sauveteurs en Mer) où je suis entré en 1980 comme "patron-vedette". Nommé vice-président de l'association des Sables d'Olonne en 1985, fonction que j'ai continué comme canotier, avec une formation de secouriste-ranimateur, jusqu'en 1991.

Un jour un équipage d'étudiants naviguait entre la Trinité sur Mer et Port Joinville, en préparation de la course à la voile de l'Hédec. Une jeune fille est tombée à la mer par des creux de 4 à 5 mètres. Le temps que les secours soient alertés et qu'ils arrivent sur les lieux, elle est restée 5 heures dans une mer, et de l'eau à 15 degrés. Arrivés sur les lieux nous l'avons récupérée en état d'hypothermie sévère.

Grâce à la formation suivie, j'ai pu la maintenir en état de vigilance jusqu'à ce qu'on la remettre aux pompiers, au port de l'Ile d'Yeu. Elle n'a pas oublié ce temps-là. D'où son livre, après une croisière en Antarticque: « Carnets de bord. A la grâce d'un coup de mer. » Préface de Catherine Chabaud. Editions Géorama.

Parmi les interventions du « Patrick Morisseau » basé aux Sables d'Olonne, Marcel Barbarin écrivait en dédicaçant son livre : Pêche et piraterie dans les 40° rugissants (éditions Ouest-France) : « A Damien, ami de Clément mon père. Damien alors patron de la vedette SMSM lui sauva la vie en rade des Sables, suite à l'abordage du Kifanlo."

1964 : conchyculture. Recherche de naissains pour ensemencer les parcs à huitres. Emploi aux viviers de l'Hermitage: deux années. Apprentissage d'un nouveau métier, celui de l'élevage et de la commercialisation de tous les coquillages et de la conchyculture.

1970 : constitution d'une coopérative de conchyculture dans la zône ostréicole de la rivière de Talmont au Payré.

Plus de 40 après, en 2011, Damien continue de participer à la vie associative et à la Mission de la Mer.

 

 

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 Parcours de marin-pêcheur. Pierrot Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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       Allez à l'aumônerie des gens de mer, 15 quai Garnier aux Sables d'Olonne. Peut-être rencontrez-vous des marins pêcheurs qui vous donneront accès à leur propre histoire. Ainsi Pierrot, qu'il en soit vivement remercié.

"Fils et petit fils de marin-pêcheur, je suis  né à la Chaume, le 12 septembre 1943 et je suis entré dans le métier à 14 ans  pour 37 ans de navigation active. Enfants, nous habitions derrière  la tour d'Arundel, une maison  construite avec des pierres de côte,  et de ce fait imprégnée de sel marin.   L'humidité ressortait et produisait du salpêtre.

Mon père était propriétaire  de deux pinasses. Le Cicit & Jojo était un bateau de 12 mètres, ponté,  construit en 1941. Le Petit Pierrot, plus petit, ponté également, mais à baignoire (avec un creux à l'arrière du bateau), avait été  construit à la fin de la guerre de 39-45. Les deux bateaux étaient conçus pour faire le « chalut-côtier .» En hiver, la crevette grise. En été, la sardine au filet droit.

Ma mère était  une femme active, petite. Elle faisait face à énormément de travail : l'entretien de la maison, les enfants, gérer les comptes des bateaux. En  été, l'entretien et la réparation des filets pour la pêche à la sardine. Les femmes qui s'occupaient des filets, on les appelait les « garçonnières » un terme chaumois. Ce travail demandait beaucoup de main d'œuvre, car ces filets étaient en coton. En général un filet de 25 mètres,  avec différents maillages, selon la taille de la sardine. Il fallait avoir séché et réparé les filets très tôt le matin, car  la sardine  était pêchée à la pointe du jour, On appâtait avec des œufs de morue en  barriques de « rogue » et de la farine d'arachides, achetée à la Coopérative par sac de 80 kgs. Et pour toute  rémunération, ma mère  recevait une caisse de sardines par jour.

Vers les 8 ou 9 ans, pendant les vacances d'été,  mon occupation principale consistait à attendre les bateaux qui rentraient aux différentes heures de la journée, afin de prévenir ma mère. Alors elle arrivait avec une charrette à bras. A partir de  la barque annexe du bateau de pêche,  un matelot déposait dans la charrette les filets encore humides à réparer et faire sécher.   Cela se faisait  à la cale directement, ou  sur les marches en fonction de la marée et de la hauteur d'eau. Le  marin qui apportait les filets faisait savoir quelle taille de filet, Il lui faudrait pour le lendemain, selon la taille de la sardine,. Le bateau partait plus ou moins tôt, selon que la pêche devait se faire à un quart d'heure du port ou à deux ou trois heures de route. C'était chaque jour, sauf  samedi et dimanche. Chez  les « garçonnes » pas de chômage au week-end,  car c'était  le moment d'entretenir et réparer les filets. Souvent les méduses qui avaient laissé une trace en glissant le long des filets irritaient les yeux et le nez. Il fallait  étendre ces filets, les passer au bleu de méthylène en de grands bacs,  les étendre pour les  faire sécher et, en finale, les mettre en des grands sacs numérotés.  La taille du filet était reconnaissable à un morceau de bois qui l'indiquait.

Vers 1950, mon père doit abandonner  la pêche, pour raison de santé. Cependant  il reprendra pour une saison au thon, juste avant la retraite. C'était avec mon frère qui possédait un bateau le « François Nicole » C'est alors que l'âge de la retraite est passé brusquement de 50 à 55 ans, Il fallait 40 ans de navigation pour devenir pensionné. En 1952  mon père vend le Citcit et Jojo, et peu de temps après le Petit Pierrot. Mon père  est décédé, suite de maladie en août 1959, alors que j'approchais de mes 16 ans. Il avait 57 ans. Il m'a beaucoup manqué, j'aurais eu besoin de ses conseils. Marin pêcheur et patron de pêche, il avait connu la marine à voile qui a subsisté jusqu'à la seconde guerre mondiale, puis l'arrivée des premiers moteurs à essence, souvent de petits moteurs permettant de sortir, même en l'absence de vent.

SUR LE »FOEDERIS ARCA »  

Au 1° juillet 1957, aussitôt le certificat d'études, j'embarque, deux mois et demi avant mes 14 ans, comme mousse en première catégorie, sur le chalutier, »Foederis Arca » du latin qui veut dire en français « Arche d'Alliance ». C'était  un bateau en bois, classique de 14 mètres, dont le patron  était Eugène Leduc. J'y retrouve  mes cousins, Félix (mécanicien) et Charles Kirié, ainsi que René Marilleau, matelots.

Ma mère m'avait dit : « tu ne feras pas marin. » Mais  j'étais très motivé pour  ce métier. Quand j'étais en mer et que le temps était mauvais, elle perdait le sommeil. Pourtant, dès qu'il y avait l'opportunité de repartir,  je partais, en fonction des directives du patron.    Les bateaux de cette époque naviguaient avec 5 ou 6 hommes d'équipage ;  aux Sables il y avait environ 1 200 marins pour 180 chalutiers, thoniers et pinasses (bateaux à la journée) . En 2011 il reste  environ 200 marins pour 50 bateaux,  en général des bateaux de petite taille.

C'était au plus jeune, le mousse de faire la cuisine. Faire à manger, à mes débuts, en fond de cale ( près du poste équipage) avec toutes les odeurs de jus de poissons et de gas-oil, me donnait le mal de mer. Le pire,  c'était bien l'odeur du jus de seiche.  Sur le Foederis arca, il y avait une porte de communication entre  la cuisine, et le compartiment moteur. Il fallait alimenter ce moteur de 90 chevaux tous les 3 ou 4 heures, à partir d'une nourrice et d'une pompe à mains.  Pour l'eau potable, une barrique de 100 litres d'eau douce constituait la réserve d'eau pour la semaine, essentiellement pour la cuisine.   L'eau était puisée avec un siphon qui se désamorçait dans les coups de roulis.  Il n'était pas question de s'en servir pour la toilette. A  peine pouvait-on prendre un gobelet d'eau pour se raser. 

Quand les vents montaient à  25 ou 30 nœuds,  les conditions de pêche devenaient difficiles, alors on rentrait au port. Nous n'avions pas d'autres périodes de congés que les jours de mauvais temps : on en profitait pour l'entretien du matériel, refaire  les bourrelets, les épissures, changer des morceaux de chalut qui, à l'époque, étaient encore en chanvre. De retour au port on étendait les filets  pour les faire sécher entre les deux mats, en les hissant par les poulies et les drisses.

L'école des pêches n'étant pas obligatoire, je n'y allais que par mauvais temps et en hiver. C'est là qu'un marin-retraité nous apprenait le matelotage, la rose des vents (la marche au compas), le ramendage, les différents nœuds, les épissures...    La pêche à la langoustine,  au chalut de fond,  se pratiquait d'avril à août. La sole en janvier et février,  la seiche de juin à la fin de l'année. Au printemps c'était le merluchon, le petit merlu et divers poissons dont le rouget grondin, des congres, de la raie, de la lotte.   La commercialisation n'était pas suffisamment organisée et des surplus de pêche restaient sur le carreau et allaient à la poubelle de la criée.

La rémunération se faisait à la part. En tant que mousse je recevais une demi-part. A 14 ans, cette demi-part  qui équivalait à la paye d'un ouvrier de l'époque, je la reversais intégralement à la maison.  Au moment de  la vente du  poisson, il fallait déduire de la somme totale  les charges de la criée, du comité local et de l'école des pêches. On soustrayait aussi les frais communs, (nourriture, gas-oil, glace) et  les charges sociales (pension de retraite  pour l' ENIM, (Etablissement National des Invalides Maritime et une complémentaire maladie et accident).  A l'époque, il était prévu 50 % pour l'armateur qui était souvent le patron du  bateau et 50 %  pour l'équipage, distribué ainsi : une part et demi pour le patron, une part et quart pour le  mécanicien, une part pour le matelot, ¾ de part pour le novice et une demi-part pour le mousse.   J'étais dans la catégorie de Novice, en principe (16-18 ans)  , mais en fait je me suis trouvé  matelot dès 16 ans et demi, car le patron et l'équipage en ont jugé ainsi, en raison du travail fourni.

SUR LE JEAN-ROSELYNE  la pêche au thon :

Fin 1959, du Foederis Arca je passais sur le Jean-Roselyne, du nom des enfants du patron     ; un 16 mètres, à l'identique du Kifanlo classé depuis monument historique et entretenu par une association sablaise. J'y suis resté un an et demi  avec, comme patron,  René Puiroux.  C'était la pêche au chalut de fond, et, en saison la pêche au thon à la ligne trainante. On partait pour 15 jours ou 3 semaines en fonction de la pêche. Il fallait prévoir la nourriture pour tout ce temps, même si on mangeait du thon  qu'on avait pêché, Ma plus longue campagne de pêche, ce fut  27 jours sans toucher terre, avec tous les jours 20 ou 30 nœuds de vent. On se rendait d'abord entre les Açores et l'Espagne, puis on suivait le Gulf Stream. Mais le mal de mer m'a tenaillé jusqu'à la fin.

Pendant un an et demi, on a pratiqué le chalut de fond et la pêche au thon à la ligne traînante. Deux grandes perches sur lesquelles des lignes de différentes longueur. Une quinzaine de lignes, qui avaient chacune leur nom, avec un hameçon à deux dents, comme un crochet et un appât artificiel de différents coloris. L'hameçon était en surface. Dès qu'un poisson mordait,  la ligne remontait, et on annonçait le nom de la ligne. On le hâlait à la main.  Pour terminer la prise, on prenait le  fil sur l'avant bras. Comme  le fil en avant de l'hameçon  était en nylon ou en fil d'acier tranchant, il était  impossible à prendre à la main.  Il arrivait qu'un  poisson récalcitrant bloquait les deux bras d'un jeune mousse qui n'arrivait pas à  tenir ses mains suffisamment écartés.   Aussitôt le poisson remonté, on attrapait  un « picou » , ce manche en bois avec une pointe que l'on enfonçait  dans le crâne du thon pour qu'il ne se débatte plus. Les plus récalcitrants étaient les petits de 4 ou 5 kgs.  Le magnifique  coloris  du thon, quand il était dans la mer, disparaissait dès qu'il avait atterri  sur le pont.

Vers 1958-59  était apparue une nouvelle pêche au thon,  à l'appât vivant.  Les pêcheurs de Saint Jean de Luz  la pratiquait l'hiver à Dakar, sur des bateaux  dans lesquels la cale à poissons était aménagée avec des viviers pour conserver cet appât vivant,  que ce soit de l'anchois et  de la sardine.  Cette pêche se déroulait de juin à octobre, et en fin de saison, en octobre au large de la Bretagne. Il nous arrivait de trouver des morceaux de bois flottants  qui supportaient des coquillages  ( les pousse-pieds). dans leur partie immergée, et les mérous venaient s'y nourrir. On les péchait facilement à la canne.   Des bancs énormes de dauphins venaient  jouer jusque sous l'étrave du bateau .  On en prenait au harpon  c'est une chair rouge, excellente, qui s'apparente à la viande de cheval. Ce menu de choix  remplaçait la viande,  mal conservée dans la glace qui fondait peu à peu.

Nos points de repère, pour la route maritime, étaient  les deux lignes de passage des cargos  d'Angleterre à Espagne, la ligne Nordet et la ligne des Sorlingues, car nous naviguions à l'estime, c'est-à-dire en fonction de la direction prise, du temps parcouru et de la vitesse estimée.

SUR LE PICADOR

L'année 1961 a vu la construction de 9 ou 10 nouveaux bateaux.  Il y fallait 10 à 12 hommes par bateau. On constituait alors les équipages et cette nouvelle pêche m'intéressait. J'ai embarqué sur le PICADOR dont le patron-armateur était Alphonse Caillard. J'ai  d'abord participé à la finition de ce nouveau bateau. Cette finition a pris de 3 semaines à un mois.  Prévu pour naviguer en juin, le PICADOR n'a été prêt qu'à la fin de la première semaine de juillet.

Etant le plus jeune des 12, mon travail consistait à  préparer les repas, mais aussi à alimenter les canneurs en appât vivant, anchois ou sardine. Il fallait veiller du matin au soir, surveiller des remous sur l'eau ou alors la présence d'oiseaux, des  « dadins » blancs ou marrons,  ou encore répérer les thons que l'on pouvait voir sauter. L'appât était à  piquer dans le milieu. A la grande canne, ( des cannes de 4 a 5 mètres) nous étions deux, l'un tenant la canne et l'autre approchant la gaffe pour saisir le poisson. C'était violent. Un thon vivant pouvait se débattre  jusqu'à  obliger à le lâcher, car on devait le saisir par la queue.  Cette pêche à l'appât vivant, je l'ai pratiquée trois saisons avant le service militaire et deux saisons au retour. Le quart de nuit durait une heure et demi : le patron et le mousse en étaient exempts. Le plus dur dans le service de quart, c'était la pointe du jour. 

            Quel était cet appât  vivant ? De la sardine ou de l'anchois.  Pour se procurer cet appât,  on observait au sondeur une tache  qui pouvait apparaitre, annonçant la présence d' un banc. Alors on déployait un grand filet. Un matelot partait sur un petit bateau: il  alimentait ce banc avec un mélange de farine et  de rogue. La farine  ne servaIt qu'à brouiller l'eau. Le banc remontait en surface et cela brillait de partout.  Celui qui était sur le petit bateau, nous faisait signe de tourner  pour encercler ce banc. On relevait le filet ;  la sardine  ou l'anchois  que l'on venait de pêcher était placés en des cuves, alimentées en eau de mer .Il y avait ainsi 3viviers contenant au total 16 000 litres d'eau de mer, renouvelée constamment par  une pompe. La sardine  ou l'anchois, tournait en rond à l'intérieur de ces cuves. Une lampe restait allumée  pour que l'appât vivant continue de tourner à l'intérieur au lieu de se cogner contre  les parois. Puis on revenait en rade, sur ancre, pour finir la journée et habituer l'appât qui pouvait survivre un mois dans les viviers. Comme appât vivant, l'anchois nous paraissait  supérieur à la sardine.

Perdus corps & biens

En juillet 1961, la veille du départ de la première campagne de thon,  je marchais  sur le remblai  des Sables, avec mon copain et ami Louis Huguet qui naviguait sur le chalutier Tanit. L'habitude était que chacun, à tour de rôle  dans l'équipage,  reste à terre  une journée sur une marée de 8 jours er Louis aurait dû être en congé au mois d'août  Pour la marée à venir, Louis était heureux de permuter avec André Viaud, qui devait passer au tribunal pour un banal fait divers.. Nous avons embarqué dès  le lendemain, Louis pour le chalut sur le Tanit et moi au thon sur le Picador.

C'était  la première marée du Picador. Nous partions pleins d'enthousiasme pour cette pêche, nouvelle pour moi. Je n'avais pas encore 18 ans. Mais une forte dépression  nous a surpris au large et la tempête s'annonçait violente. Pendant 5 jours  nous sommes demeurés à la cape, c'est-à-dire, toujours face à la lame et  bout au vent. Un homme se tenait à la barre,  un autre à la manette de gaz pour accélérer ou ralentir selon les vagues. Des  paquets de mer emportaient les planches de parc,  ces planches où l'on dépose le thon  avant de l'étriper et de le mettre en glacière. Le bateau était neuf  et les odeurs de peinture devenaient plus fortes car tout remuait. Un cargo, le Charles Plumier nous a demandé par radio si nous avions besoin d'aide. Malgré la tempête, nous ne  nous sentions pas en danger, car nous avions confiance dans notre bateau.  Mais nous avons appris par la suite que 150 bateaux ont été en grave difficulté du côté de l' Espagne  et  lusieurs ont fait naufrage.

Nous avons appris par radio la disparition  « corps et biens » des bateaux sablais, le Loulou, un thonier, avec 5 hommes dont les trois frères Martin, ainsi que le chalutier Tanit, avec 4 hommes à bord, dont les deux frères Sire.  Mon copain, Louis Huguet était, comme prévu, sur le Tanit. Le bateau a sombré dans le noroît de l'ile de Ré : 3 corps sur 4 ont été retrouvés mais pas celui de Louis Huguet.  Le Loulou était dans le grand large et  aucun corps n'a  été  retrouvé. Des morceaux de bois de ces deux bateaux  ont confirmé leur naufrage. C'était  le 12 juillet 1961. Ce drame de la mer  m'est resté gravé en  mémoire tout au long de ma carrière de marin.  André Viaud  avait échappé au naufrage  en raison de cette convocation au tribunal. Cependant, quelques années plus tard,  on l'a trouvé  mort  en mer, dans sa couchette par arrêt cardiaque. C'était  à bord du « petit Compé »  à proximité des côtes d'Angleterre.

Un rythme  très soutenu, de juin à septembre

             Sur le Picador  il y avait  sur  la hune que nous appelions le « nid de pie »   près  du mat d'avant,  un espace privilégié pour la veille, mais , en fait, tous  veillaient dès le point du jour et jusqu'à la nuit,  en vue  d'apercevoir  des oiseaux,  des goélands ou des fous de bassan. Quand  les oiseaux  plongeaient c'était signe qu'il y avait du poisson.

 On pouvait aussi apercevoir des bancs de thon en surface,  des  « balaous » (des poissons argentés ), des boules de crevettes ou des anchois. Cela voulait dire que  le thon était en dessous la masse des crevettes, le krill qui  dépassait sur l'eau.  On parlait de « barbaya » quand le poisson, à fleur d'eau, faisait frétiller l'eau. Le sondeur-détecteur pouvait  aussi déceler un banc de poisson entre deux eaux. Alors le matelot de permanence d'un vivier ;  jetait de l'appât,  par exemple 4 à 5 anchois pêchés à l'épuisette dans le vivier. Il le jetait  pour maintenir le banc en surface.

En faisant tout un tour, le bateau envoyait de l'eau pour provoquer un brouillard qui le masquait à la vue du banc de poissons.   Le bateau était stoppé près du banc.  Nous étions jusqu'à  neuf à pêcher ainsi , tous armés de cannes de différentes longueurs, selon l'animosité du poisson.  Quand on utilisait la plus grande canne  qui  mesurait  4 m 50 environ, deux hommes, l'un à la canne, l'autre à la gaffe pour remonter le poisson et le rejeter très vite sur le pont. Si le thon se décrochait, la ligne pouvait vous revenir violemment dans la figure.

Après la pêche on « vidait le poisson à la main » après avoir  coupé le « nombril » et les deux ouïes. A la ligne trainante, tout se faisait au couteau : c'était plus soigneux et le poisson était plus cher à la vente à la criée, en comparaison avec l'envoi en usine, avec un prix de départ en début de saison. Il n'y avait pas encore de frigo : le poisson était conservé entre des couches de glace.

Il nous est arrivé de pêcher jusqu'à 5 tonnes dans une même  journée. Après une douzaine de jours en moyenne, on rentrait, soit que la pêche  était satisfaisante, soit qu'on n'avait plus d'appâts. C'était sur le petit matin. Une équipe déchargeait la pêche vers les camions pour des usines de transformation.  Pendant ce  temps une autre équipe faisait le ravitaillement (gas-oil, nettoyage de la cale, refaire la glace), pour repartir dès 3 ou 4 heures le lendemain matin, afin d'aller refaire l'appât à proximité.

NOUVEL EMBARQUEMENT : « VIERGE DU SALUT »

Mariage en mai 1966 .  Fr, bien que native d'Olonne sur Mer n'avait aucun lien avec le milieu maritime. Elle travaillait rue Nationale, chez Roy, fabricant de vêtements imperméables en tous genres. Logement pour les jeunes mariés, au 3° étage, quartier du passage, rue Napoléon, durant 8 mois, dans un confort assez sommaire : en 1966 les toilettes étaient au rez de chaussée . En plus avec des horaires très contraignants :  je partais avant le jour, vers 4 heures du matin. Je débauchais vers 13 h 30 ou 14 heures et l'on ne se voyait que le soir, avec des absences de plusieurs jours. Quand j'étais en mer, Fr. allait chez ses parents,  d'autant qu'il était impossible de savoir  d'avance quel jour nous reviendrions de la pêche.

Alexis, mon frère, ainé de 16 ans, me proposa, avec mon autre frère Jojo, de faire construire un bateau pour la pêche côtière. A cette époque c'était  une catégorie de bateaux qui gagnaient bien leur vie : ce fut une unité de 13 m 80, appelée Vierge du Salut, mis à l'eau  dans l'été 67. Ce fut l'année de naissance de notre  fils L, et  Françoise a quitté le travail à l'extérieur.  J'appréciais sa présence à chaque retour de campagne de pêche.  Un an après, Jojo quittait le métier pour raison de santé. Il trouva  une place à la Coopérative d'avitaillement maritime. Des matelots se sont succédés pour le remplacer.  En  1969 , naissance de D, notre deuxième enfant.

En 1970 je passais mes brevets de  permis de conduire « mécanicien » de 150 chevaux. En 1973 le « capacitaire » me permettait de prendre le commandement en remplacement quand mon frère devait rester à terre : ce qui donnait  la possibilité de commander le bateau sans  autre mécanicien.  Chacun de ces diplômes a demandé 3 mois d'école.  Je restais avec mon frère aîné. Travailler à deux seulement était très pénible car assurer le quart à tour de rôle,  manœuvrer le chalut sur  le côté  à la main,  faire la manutention du poisson,  tout cela laissait  peu de temps pour le sommeil.

 Au bout de douze ans, en 1979,  la pêche  avec ce bateau était indécise. Il aurait fallu installer deux enrouleurs et  changer le moteur. Alors nous décidons d'un commun accord de vendre le » Vierge du Salut » : il partit en Angleterre à Milfordhaven. A un an de la retraite, Alexis, mon frère a terminé sa carrière en pilotant le bac qui fait la navette entre la Chaume et les Sables.  A sa retraite il a travaillé à la restauration du Kifanlo, avec notre cousin Félix Kirié pour l'association Océam.

RETOUR A PICADOR & NAUFRAGE

Comme le Vierge de Salut avait été vendu, j'ai poursuivi, en embarquant de nouveau sur le Picador. Alphonse Caillard, en retraite, en était le propriétaire.  José Vidal prit le commandement. Nous pratiquions la pêche au chalut de fonds, en classique à l'année, hiver comme été. Très bonne ambiance : j'avais retrouvé mes anciens compagnons de travail, Marcel Charrier, dit « Mézou » (nom breton d'un jeune mousse) : il était mécanicien à bord. René Francheteau, et Guy Raguideau  étaient matelots. J'embarquai sur ce bateau pour 2 années qui se sont terminées le  9 mars 1982.

Nous étions seulement quatre car René Francheteau, surnommé Nono, n'avait pas embarqué, pour des problèmes de santé. Les premiers jours de pêche ont été fructueux malgré beaucoup d'avaries, car la marée était mouvementée et les chaluts déchirés ont  dus été réparés sur place. La veille du retour au port, José prit la décision de terminer notre campagne dans le sud de Rochebonne, qu'on pouvait rejoindre en 4 heures  depuis les Sables en marchant à 9 nœuds. On draguait à une profondeur de 100 mètres dans un endroit considéré comme tranquille pour terminer cette pêche. C'était le 9 mars 1982. Vers 12 heures, au moment du repas, nous accrochons le chalut au fond, toujours en pêche sur le côté. La  mer était démontée par une  houle de 10 mètres, mais avec  un vent nul sur  une mer d'huile, sans la moindre risée sur l'eau. On cherchait à remonter le chalut, mais c'était quasiment impossible  :  on virait quelques mètres d'un côté, on remontait un peu le chalut, on virait quelques mètres de l'autre, et ainsi de suite.

Après de nombreuses manœuvres le chalut est  enfin remonté. Alors on découvre un engin cylindrique d'environ 10 mètres, peut-être une cheminée de cargo qui avait sombré. Avec l'effet de la houle l'engin cognait à l'arrière du bateau  sous la ligne de flottaison :  par la houle l'engin refaisait surface, passait au-dessus du pont et il fallait vite s'écarter, car il arrivait à plus de la moitié de la longueur du bateau. C'était impressionnant. José voulait  trainer cet engin, jusque dans les roches. Mais à travers le  hublot du rouf du moteur, on apercevait des giclées d'eau  qui remontaient par la courroie du treuil. Le signal d'alarme qui venait pourtant d'être réparé, n'a pas fonctionné. Marcel , le mécanicien, nous demande d'actionner les pompes,  mais le débit était trop faible pour contrer la voie d'eau. Très vite le moteur s'arrête.

 L'épave avait perforé l'arrière du bateau, entre deux membrures. José a le temps d'appeler par radio,   « le Berceau de la Cité » qui était  peut-être à une demi-heure de route, Le patron en était Michel Poissonnet et l'armateur Martial Massé, mais ce dernier  n'était pas à bord. Guy Raguideau et moi nous avons sorti, non sans peine, le Bombard (canot de survie) qui  était dans le gaillard d'avant.  Il s'est ouvert instantanément, on a sauté dedans, le temps d'embarquer et de s'écarter. Si le Bombard ne s'était pas ouvert, s'il avait fallu se cramponner à une bouée couronne, par une eau de 9 degrés, on n'aurait pas tenu longtemps. Pendant ce temps PICADOR  commençait à sombrer.  Des tonnes d'eau  faisaient un effet  de bélier sur les cloisons. On entendait les craquements. L'eau pénétrait par l'arrière qui s'enfonçait. Mais comme de l'air s'était accumulé sous le gaillard d'avant, le bateau a fait le bouchon, l'étrave hors de l'eau, durant une demi-heure environ. Que d'émotion à voir disparaitre son outil de travail !  Avec, aussi, un  plein vivier de crustacés, un vivier qui faisait toute la largueur du Picador.

 Le « Berceau de la Cité » est arrivé sur nous. Trop tard pour voir  le bateau sombrer,  mais  assez tôt pour traverser tout ce qui flottait encore de  morceaux de bois, boules et objets en tous genres. Et nous prendre à son bord. Nous étions sains et saufs. Il faisait un ciel  bleu : nous étions  rassurés.  Par la suite des  chalutiers ont remonté des morceaux  qu'on a  nous a présentés.  Nous avons reconnu un jouet d'enfant, un petit âne, qui était dans  le « nid de pie ». C'est tout ce qu'il restait  du Picador.

LE JOSNIQUE

Après ce naufrage, l'équipage embarque sur 'l'Aigle de l'Océan » qui se trouvait  désarmé jusqu'à ce jour. Propriété de Manuel Vidal, frère de José,  il était équipé d'un matériel beaucoup lourd avec un moteur de 360 chevaux, une lisse beaucoup plus haute. Le chalutage se faisait aussi sur le côté. Au total avec ce bateau, plus de charges et de frais pour un résultat inférieur. J'y  reste 6  mois. C'était en 1982, les congés deviennent obligatoires  bien après  les ouvriers à terre. Fin 82 j'embarque sur le « Josnique ») comme polyvalent, c'est-à-dire, patron, mécanicien, matelot. Quand l'un  ou l'autre restait à terre je le remplaçais, ce qui permettait un roulement pour les congés. Le patron Jean Marc Dauboeuf et le mécanicien Claude Defaye étaient copropriétaires du Josnique (du nom de leurs épouses ,Josiane & Monique) ; les matelots étaient PierreGrondin et Jean-Michel Archambeau. C'était un bateau transformé pour la pêche arrière avec enrouleur hydraulique. Il avait un pilote automatique  basé sur la barre :  ce qui allégeait considérablement le travail. Quand Pierre Grondin cessa son activité nous sommes restés à quatre.

 Quand Claude Defaye a pris sa retraite, nous sommes restés à trois pour le même travail. Les heures de sommeil en furent réduites : le café était là pour nous soutenir. Dans  la journée le service du quart était assuré par le patron : la nuit c'était les matelots pour une durée de 3 heures environ. On virait le chalut  au changement de quart. Des poissons plus fragiles étaient glacés immédiatement. Sinon c'était le jour.  En hiver, la nuit, on donnait 3 coups de chalut : en été seulement deux, car les nuits étaient plus courtes.  En été, avec les langoustines on dormait encore moins, car il fallait les laver deux fois.  Chaque année le bateau s'arrêtait fin août, durant 3 semaines, une semaine pour le carénage et deux semaines pour les congés.  On prenait une semaine aussi pour Noël et Premier Janvier. Durant l'année le dimanche pouvait être inclus dans une navigation surtout quand elle durait plus de cinq jours.

En 1994 le « Josnique » après une trentaine d'années, était proposé en sortie de flotte par le plan Mellick. Le 1°  septembre  je cessai mon activité, à  51 ans, ayant quelque difficulté à réguler le sommeil. Je pouvais m'arrêter, car j'avais dépassé les 50 ans.  Au chômage durant un an et demi, jusqu'à  la retraite anticipée à  52 ans et demi,  rendue possible par 39 ans de navigation, car j'avais embarqué le  1° juillet 57 .  ( à l'époque 37 ans et demi auraient suffi).Notre retraite se définit en 20 catégories selon que l'on est matelot, mécanicien ou patron et même armateur. Je me trouvais en 7° catégorie, en tant que patron de pêche.

J'aurais pu continuer à naviguer pendant un an et demi encore avant la retraite. Mais j'ai pris cette résolution d'arrêter mon activité (et donc au chômage)  en accord  avec mon épouse.  La maison était payée,  les enfants avaient fait leur situation et  le sommeil était revenu au bout d'un an et demi. Absent souvent à cause du métier, je n'avais guère  pu consacrer de temps à mes enfants qui grandissaient.  Aujourd'hui, il m'est donné de vivre une retraite paisible, appréciée,  et de consacrer du temps à mes 4 petits enfants en bas-âge.

Depuis longtemps je fréquentais  l'aumônerie maritime au local de « l'Abri du marin ». Au début c'était la JMC, Jeunesse Maritime Chrétienne, et ensuite la Mission de la Mer, dans l'équipe sablaise dont je fais toujours partie. J'en fus le responsable régional durant 6 ans. Aujourd'hui j'assure des permanences d'accueil à l'aumônerie des Gens de Mer, 15 quai E. Garnier aux Sables d'Olonne.

Jusqu'à la retraite j'étais engagé en différents conseils des organismes maritimes, Coopérative Maritime d'Avitaillement  durant 25 ans,  le Comité Local des Pêches, le Conseil de l'Ecole des Pêches.

La mer : des coups durs,  un naufrage, la perte en mer de camarades et amis,  des journées longues et  un travail pénible, sous les grains ou un vent de 30 nœuds, le manque de sommeil avec la nécessité de se lever toutes les 3 heures, telle  fut une vie de marin, mais c'est un métier que j'ai toujours aimé."

 

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 29-11-2011 à 08h06

 Toussaint Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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Toussaint

 

Fête pour ceux qui croient au ciel

et ceux qui n'y croient pas,

ceux qui ne savent à quel " saint " se vouer,

les blessés de la vie, occupés à survivre,

tous ceux qui doutent encore d'un au‑delà bienheureux.

 

Elle est pour eux cette allégresse de l° Novembre,

avec la déferlante des chrysanthèmes,

honorant la mémoire de ceux qui s'en sont allés,

suscitant la prière auprès d'eux, pour eux..

 

Elle ouvre un sillage de lumière

et cette rencontre de l'homme avec son Dieu.

Depuis qu'Il a pris corps en notre humanité

Nous le reconnaissons en tout visage d'homme.

 

Il s'est levé d'entre les morts,

Lui, le premier des ressuscités.

Non, le ciel n'est pas vide:

Le silence des cimetières

ouvre à une rumeur d'éternité.  C.B.

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 03-11-2011 à 06h32


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  Blog créé le 06-09-2008 à 16h59 | Mis à jour le 29-12-2011 à 10h40 | Note : 4.00/10