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CLAUDEBABARIT

DIASPORA Bulletin n° 3 LE COURS EN 2002

C’était le septembre 2002 aux Herbiers, chacun a pu se sentir reconnu, conforté dans une histoire, longue de 40 ans et plus, de prêtrise pour un bon nombre, de 65 à 69 de sacerdoce baptismal pour tous comme le soulignait Claude Bernard.
Ces notes ne sont pas un compte-rendu mais la libre reprise de propos entendus ? au risque d’une oreille toujours sélective et dans les limites que nous impose l’espace de ce qui pourra être le numéro de la lettre « Diaspora ».
Ce lundi nous avons repris sous le soleil, la somptueuse allée boisée du Landreau. Retrouvailles à l’entrée et salut aux aînés, qui circulent dans les couloirs de la grande maison. Puis Eucharistie en la chapelle : une célébration sobre, intense. A l’orgue Jean Pain et Maurice Denoue. Homélie par André Douillard ( larges extraits ci-après).
A table, dans l’ancienne maison du jardinier, près du Foyer St Jacques nous nous sommes livrés au risque d’une parole sur soi. Une parole neuve aussi, avec le témoignage d’une épouse, Madame Vrignaud, sage-femme en retraite qui a dû accompagner de nombreuses femmes et entendre leurs confidences. Avec aussi le soutien logistique pour l’intendance de Madeleine Puaud, épouse de Paul, d’Elisabeth Puaud, Religieuse de la Sagesse, propre sœur de Paul, ainsi que de Mado, leur nièce à tous les trois et travaillant dans la maison. A toutes les trois elles avaient remarquablement préparé les tables et elles ont assuré un service sans faille.
J. Marie Guilloteau avait accepté de gérer la prise de parole dans le tour de table.
Maurice Denoue est le dernier d’entre nous à avoir rencontré le cardinal. Déjà pour sa retraite d’ordination épiscopale Louis-Marie avait choisi Ligugé. C’était le 4 juillet 82. Sa chambre jouxtait celle de Maurice. En janvier 2002 Maurice accompagnait le cardinal pour la remise de la barrette de cardinal. Maurice raconte : LM avait accepté la présidence des évêques de France parce qu’un autre a refusé. . Evêque épuisé par les tâches et les responsabilités, cardinal peu sensible aux honneurs, L.Marie prenait le temps d’écouter ceux d’entre nous qui passaient à Aix ou à Lyon. L’un de nous lui demandait : « Louis-Marie, dois-je te féliciter pour ta barrette ? » Réponse :-« Paul, si ça te fait plaisir, ne te gêne pas ! ».
Maurice qui a fait le choix de rester diacre permanent, exerce à l’abbaye les fonctions d’infirmier. Formation initialisée lors du service militaire en Algérie. Entré en 1961 à Ligugé, Maurice écrira pour nous : « C’est ma 4° réunion de cours en 40 ans. Ambiance exceptionnelle de solidarité et de fraternité. » Maurice est « depuis 35 ans, responsable de l’Infirmerie, structure de 9 lits. En 1961 : 60 moines. En 2002 : 30. Plusieurs départs de jeunes profès récemment.(…) De quoi demain sera fait ? A la grâce de Dieu. Pour moi je suis toujours un païen avançant mollement vers sa conversion. »
André Douillard. Après le Rwanda et le Tchad où il a été curé et responsable d’une école de catéchistes est chargé d’une maison de Père Blancs aînés à Bry-sur -Marne.
Gaby Maindron quitte Foussais pour Beauvoir sur Mer. Après le Rwanda où il est arrivé en 1959 pour 35 années au service d’une Eglise qui cherche encore les chemins de la réconciliation. Joseph Billaud y est toujours en mission. André Douillard s’y trouvait aussi avant le Tchad.. On lira toujours avec intérêt le livre de Nicolas Poincaré aux éditions de l’Atelier. « Rwanda. « Gabriel Maindron, Un prêtre dans la tragédie » 1995.

Gaby Ribreau, de retour de Lisieux depuis 2 ans, trouve que l’on met en place en Vendée aujourd’hui ce qui a été réalisé voici 15 ou 20 ans, en Charente où il a exercé le plus longtemps son ministère.
Claude Bernard, toujours résident dans le 91 prend pied à la Baule, avec le projet de s’y retirer quand son épouse sera retraitée. A la question de savoir pourquoi il n’écrit plus dans « La Croix » Claude répond qu’il avait un contrat de 3 ans pour un texte sur la liturgie du dimanche et que cela s’est terminé. Claude est vice-président de « Femmes et Hommes en Eglise », et travaille avec les « Réseaux du Parvis »
Jean Droillard s’est inscrit dans ces mêmes « Réseaux ». Ayant quitté le ministère en 1973 pour exercer dans la formation continue Jean est au C.A. de la Cavimac qui comporte deux sièges pour l’APRC (Association pour une retraite convenable) dont Jean est le président.. L’ APRC comporte 500 membres sur les 10 à 12.000 hommes et femmes qui ont quitté le ministère ou la vie religieuse. Des femmes en plus grand nombre.. Les ressortissants CAVIMAC sont 70 000 parmi lesquelles 7500 AMC (Anciens Ministres des Cultes). Jean se reconnaît à la marge de l’Eglise mais il choisit d’être toujours avec nous.

Ainsi pour Jean-JO Guillonneau. Le sous-lieutenant qu’il était en Algérie, blessé a reçu la médaille de la « Valeur Militaire » mais sans qu’il y ait les manifestations officielles fortement médiatisés aujourd’hui, comme celle qui a honoré récemment le soldat-infirmier Maurice Denoue ,et pour laquelle les photos circulent parmi nous. Jean –Jo aurait aimé que dans le précédent numéro de Diaspora on reprenne ce qu’il avait dit sur les « gnomes » et dont il nous parle ici. Jean-Jo n’est pas le président de l’APRC contrairement à ce qui a été écrit. Plusieurs pensent qu’il pourrait le devenir.
J-Jo nous transmet les regrets de Philbert Gaudin qui alterne les séjours à l’hôpital et qui aurait bien aimé être avec nous aujourd’hui.
La rédaction de Diaspora présente ses excuses sur les expressions maladroites utilisées bien involontairement pour parler des problèmes des AMC
Dominique Brémaud était retenu à Lyon comme président d’associatons ( en faveur des handicapés) . Sa fille avocate milite pour la défense des immigrés.

Joseph Paillat, retraité de l’Education Nationale déclare vivre paisiblement à Paris. Il a participé à une association de lutte contre le Sida. Jo n’oublie ses attaches pouzaugeaises. Il a fait le voyage depuis la capitale pour être avec nous. De même que Claude Bernard et nous y sommes sensibles.

Bernard Vincent nous avait envoyé un « courriel » depuis Marseille avec ces mots : « Bonjour à tous. Hélas je ne pourrai pas venir ! Je m’en excuse. » Signé : Bernard Vincent - Mission de France – Mission de la Mer – Marin-diacre.+
(Seamen’s Club 35 avenue R.Salengro 13 110 Port de Bouc).

Louis-Marie Paillereau qui nous a offert l’apéritif déclare, quant à lui, s’en référer au catéchisme qu’on lui a appris.
En fait, tout en souhaitant une simplification de l’enseignement doctrinal de l’Eglise, il s’est déclaré très attaché à la philosophie d’Aristote, de Saint Thomas d’Aquin qui, prétend-il, l’a beaucoup aidé dans sa carrière d’informaticien analyste.
Sa retraite active est très occupée notamment par la comptabilité de la nouvelle ( et grande) paroisse Saint Pierre en Pareds (Mouilleron en Pareds)

Jean Pain était le sommelier du jour. Il a choisi notamment du Brem sans ajout de substances artificielles. Un vin travaillé naturellement. Nommé coopérateur en paroisse, après 35 ans de professorat à l’Amiral des Sables d’Olonne, Jean réside à Brem sur Mer.
André Rabillard, en fauteuil roulant, lutte courageusement contre son « Parkison » . André a suscité » l’émotion en se levant pour chanter avec assurance et d’une voix bien timbrée : « Quand un soldat revient de cœur, tout doux, un paysan revient des champs… » Applaudissements nourris.
En fauteuil aussi, depuis déjà bien longtemps Gaby Préau vit en appartement à Chantonnay Il rejoint l’équipe des prêtres pour la table et pour un partage deux fois par semaine. Gaby assure le même service que les collègues. Il demande seulement qu’on vienne le chercher et le ramener. Ce qui s’organise régulièrement.

Guy Champain est entré au travail professionnel comme P.O. en 1970. Engagements syndicaux à la CFDT. En retraite en 1998 et actuel président de la maison du quartier du Val d’ Ornay à la Roche sur Yon. Guy accompagne deux équipes d’ ACO.
Paul Michaud qui fut lui africain pour quelques années, avait été victime d’un accident cérébral à Noël 2001. Un séjour de quelques semaines à la maison du Landreau lui a donné à comprendre la solitude que l’on peut vivre dans cette belle et grande maison malgré l’accueil attentif et délicat des confrères et du personnel.
André Bardin, comme André Rabillard, nous a dit sa joie de nous recevoir ici. Devenu mal voyant, André peut quand même se déplacer, de façon autonome, dans les espaces qu’il a répérés. André est tributaire d’un dialyse pour laquelle il est conduit à la Roche trois fois par semaine.
Pour André Leboeuf, aumônier au CHD depuis 1994, il est difficile de trouver des laïcs qui puissent et veulent prendre le relais. Une personne nouvelle reçoit cette mission, après l’intérim assuré par Jean Limousin.

Claude Babarit, coopérateur aux Brouzils depuis 1998, après l’AFM à la catho de Paris, se dit tout à fait disposé à prendre sa retraite si on le lui proposait. Il avoue quelque passion du côté de la mer et des navigations à la voile entre les îles de la Charente à la Bretagne. Pour une avancée dans l’Eglise, des collectifs comme les « Réseaux du Parvis » ou le « SEL 85 » lui paraisse des lieux où il est possible d’agir avec d’autres.
Raymond Gilbert toujours dans le « rétro littoral » à Coëx, au royaume des olfacties est curé de paroisse, associé à un coopérateur, Albert Pouvreau ;
J.Marie Guilloteau a fermé sa porte à Aizenay avant d’en ouvrir une nouvelle à Foussais où il succède à Gaby Maindron, qui lui-même arrive au secteur de Beauvoir sur Mer.
Dans la série des changements c’est Paul Landreau qui rejoint Challans après 10 ans à Fontenay le Comte. Paul nous parle de l’épouse de Georges Barranger et de leurs filles. Celles-ci qui ont autour de 18 ans voudraient bien savoir davantage qui était leur père. Nous ne savons pas bien comment répondre à cette attente.
Malgré des obligations familiales imprévues, Gaston Cunaud nous fait l’amitié de passer nous voir accompagné de l’un de ses fils. Jeune retraité, il reste une engagé associatif, après des engagements municipaux. Une initiative dans le social lui avait valu un prix national.
Claude Guérin, pour avoir été longtemps dans l’aumônerie de l’enseignement public découvre la vie paroissiale ordinaire tout en gardant l’organisation de camps de jeunes dans les Pyrénées. Claude est très à l’aise dans le secteur associatif notamment au département avec « Jeunesse et Sports ».

C’est le haut-bocage que continue de découvrir René Majou dans son poste de curé à St Fulgent. René avait choisi de laisser une sortie (festive) du doyenné des Herbiers pour être avec nous ce jour.
Paul Puaud, retraité paisible de la « Mobile » et résidant près de Luçon a pu agrémenter ces temps de partage par des intermèdes d’harmonica, chaudement applaudis, et par son tub préféré : « Le chant des Gardians de Camargue. »
Maurice Robineau était venu tout exprès de Bordeaux le matin même. Il nous apporte le salut de Michel Hidier retenu par un mariage à l’autre bout de la France.
Gérard Vrignaud retraité de la SNCF et très actif au conseil économique de Challans, Gérard était accompagné de son épouse.
Nous avons transmis les excuses de Marcel Coulais, Christian Daleau, Joseph Gauvrit , Gilles Hybert, Denis Piveteau.
Gustave Raballand nous a dit que Denis se trouvait pour le moment en son chalet rustique près de la Mure dans les Alpes.

Loulou Thomas nous avait écrit : « Quelles nouvelles vous donner? ... sinon que, depuis 6 ans, je suis curé de l'île de Ré avec 4 Paroisses représentant les deux tiers de la population de l'île. En plus de cela après avoir assuré pendant 12 ans la responsabilité de la Pastorale Liturgique, l'Evêque m'a demandé de prendre en charge l'aumônerie diocésaine du MCR ... ce qui m'a permis de rencontrer quelques visages du cours à la Roche sur Yon. Je retrouve la Vendée à l'occasion des pèlerinages puisque voilà plus de 10 ans que j'assure la Direction Diocésaine . Je travaille avec la Vendée pour les voyages en Terre Sainte (pas pour l'instant ..hélas), Rome etc... Vous le voyez le travail ne me manque pas....malgré la proximité des 70 printemps. L'Île de Ré est bien belle et fréquentée par du beau monde ... pourquoi ne pas y organiser une réunion de cours ? Je peux vous recevoir à une condition cependant : c'est que la date se situe après le 15 Septembre ... C'est une proposition -« sérieuse » !
La question est débattue. Irons-nous à l’île de Ré la prochaine fois ou… à Ligugé ? L’an prochain ou dans deux ans On se met d’accord pour se revoir le lundi 6 septembre 2004. Quant au lieu, nous en déciderons plus tard.


HOMELIE (extraits) André Douillard .
« Si certains d'entre nous fêtent plus particulièrement leurs 40 ans environ de sacerdoce, tous, comme me l'a rappelé Claude Bernard, nous fêtons tous nos 65 ans environ ce baptême que nous avons tous reçu enfants et qui a fait, des bébés que nous étions, des enfants de Dieu, des temples du St Esprit, des frères (et sœurs) de Jésus, des membres de son Corps qui est l'Eglise.

Les textes de la Liturgie de ce jour, l'Evangile d'abord et l'Epître ensuite nous fournissent ample matière à notre méditation de cette grande journée. (…) Nous connaissons tous la belle parole de St Irénée: « La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la suite est moins connue: « et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu ».
Je crois que globalement nous tous qui sommes ici nous nous sommes engagés à imiter Jésus annonçant la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Revenons à ce que nous avons vécu, il y a en gros 50 ans. Nous étions dans une Eglise dépendant pour une bonne part, dans sa doctrine et sa pratique, du Concile de Trente. Dieu Créateur, le péché de l'homme, le salut par Jésus-christ mort pour nous, fondateur de l'Eglise, qui a pour mission d'annoncer la parole de Jésus, et de transmettre le salut destiné aux hommes du monde entier, tels étaient les points forts de ce qui était enseigné. A travers notre catéchèse d'enfant, et la formation dans les séminaires, se faisait doucement la découverte d'un Dieu Père qui nous aime, d'un Christ libérateur et ami, d'une Eglise à aimer et à servir…
Nous nous sentions peut-être à l'étroit dans un moule trop serré des séminaires de Luçon. Nous avions hâte de voir autre chose. A cet égard le service militaire a eu des bons côtés, nous permettant de vivre, et de rencontrer des jeunes de notre âge dans un cadre plus naturel, encore que la guerre d'Algérie ait été pour certains une rude épreuve.

Nous nous sommes ensuite orientés, certains à l'aise dans le clergé diocésain, d'autres ont attrapé un microbe missionnaire et rejoint le groupe de leur choix, d'autres se sont faits religieux, d'autres enfin sont restés laïcs.

Ensuite vinrent les ordinations reçues sans triomphalisme: nous ne nous prenions pas pour plus que nous étions. C'est l'esprit apostolique qui nous habitait.
Nous étions pris précisément par ce sens de la mission, tel que l'Evangile de ce jour nous le rappelle: « L'Esprit du Seigneur est sur moi il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. » etc.
Plusieurs d'entre nous ont travaillé dans le diocèse, dans les paroisses et les mouvements auprès des jeunes ruraux puis au plan régional voire national.
D'autres ont été des enseignants dans les collèges et les Séminaires même en dehors du diocèse, rendant service dans des diocèses réputés déchristianisés ou trop pauvres en vocations. L'encyclique "Fidei donum" de Pie XII a suscité également un élan missionnaire parmi nous, puisque plusieurs de notre cours sont partis pour plusieurs années en Afrique et pour la plupart d'entre eux…et ç'a n'a pas été facile de s'en détacher.
Il y eut parmi nous des laïcs éducateurs auprès de jeunes défavorisés comme nous dirions maintenant.
Un souvenir personnel: sur mes images d'ordination sacerdotale, j'avais fait imprimer" Pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" Jn 10,10. Plus tard après des années au Rwanda, en 1978 la phrase leit-motiv a été: « Evangéliser les pauvres ».
Ce programme a été en gros le nôtre à nous tous.
Et nous pouvons remercier le Seigneur de nous avoir appelés à sa suite, pour faire comme lui.
Nous pouvons le remercier des joies innombrables qu'il nous a données à annoncer la Bonne Nouvelle.
Si nous mettions bout à bout tout ce que nous avons fait ce ne serait pas si mal. Le Seigneur nous a aidés à l'imiter.

Maintenant passons à la première lecture qui illustre bien un autre aspect de notre vie.
St Paul nous a dit que son modèle était Jésus-Christ ce Messie crucifié. (…) Le disciple n'est pas au dessus du Maître.
Dans notre vie nous sommes tous aussi passés par la souffrance…plus ou moins.
Il y eut les souffrances dues aux grands mouvements qui nous ont secoués. Parfois l'impression d'avoir été mal compris. Pour d'autres de grands combats intérieurs ont pu survenir avec le sentiment d'un échec. Des décisions difficiles à prendre. Et puis l'usure des années d'un ministère exigeant.
Pour d'autres encore, ce sont des drames auxquels ils ont été mêlés, des centaines de morts dans l'environnement immédiat, et parmi eux des amis prêtres, religieuses et laïcs. Une impuissance à sauver des gens qu'on connaissait et qu'on aimait. La misère environnante, les enfants qui meurent alors qu'ailleurs on peut guérir leurs maladies, les disettes, voire les famines. La guerre.
Et puis de grandes souffrances comme la perte d'un enfant ont été le lot de certains.
De même la maladie, la souffrance physique insupportable certains jours, créant une dépendance, réduisant les activités visibles à néant.
Enfin nous nous sentons en partie hors du mouvement du monde, un peu comme les derniers des mohicans, vus comme des prestataires de services, dans des communautés qui vieillissent et diminuent doucement d'année en année. Même si les gens de notre génération et nos familles nous aiment bien.
Malgré nos défauts, nos faiblesses, nos péchés qu'il nous pardonne, le Christ Jésus nous a appelés et nous appelle encore à compléter ce qui manque à sa Passion pour le salut de toute l'humanité.

Voilà donc ce qu'évoquent les deux phrases de la Liturgie d'aujourd'hui en ce jour de rencontre:
« Il m'a envoyé annoncer la Bonne nouvelle aux pauvres, »
« Je n'ai rien voulu connaître que Jésus-Christ, ce Messie crucifié ».
Plusieurs d’entre nous ont déjà terminé leur parcours. Armand Chevreau, Fernand Tenailleau, Gérard Audureau, Georges Baranger, Joseph Avril, Louis-Marie Billé. Que par cette Eucharistie, le Seigneur continue à nous aider à suivre ; chacun selon l’appel entendu, comme laïcs, diacres et prêtres, la vocation qu'il nous a donnée et pour laquelle nous rendons grâces. »
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Un commentaire : « Remarquable . Manifestement, André, en composant son homélie, avait eu la délicatesse de penser à chacun d’entre nous, si bien que chacun de nous pour son propre réconfort a pu se sentir concerné au détour d’une phrase ou d’une autre. Merci André. » LM Paillereau
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Sur les routes de l’Alliance Claude Bernard (Echo de l’Ouest)

En ce début de septembre 2002, nous étions une trentaine rassemblés dans une maison de retraite du bocage vendéen. Nous, dont la première rencontre remontait à 1947, dans la classe de sixième du petit séminaire à St Laurent sur Sèvre ; -quelques autres, par la suite, avaient rejoint le cours. Sur la liste des « encore vivants » –pas tous présents ce jour-là- , cinquante noms et des adresses renvoyant à dix sept départements ou pays différents.
Dans l’assemblée, une majorité de prêtres qui fêtent leur quarante années de presbytérat, et des laïcs heureux de leurs soixante sept ans de sacerdoce baptismal.
La célébration s’ouvre par le chant « sur les routes de l’Alliance, ta lumière nous conduit ». Dieu sait si nos routes sont plurielles ! André, père blanc revenu d’Afrique, en dit quelques mots dans son homélie ; nous aurons tout le loisir de continuer au cours du repas. Rien de nostalgique dans le rappel du passé, mais plutôt l’impression de chemins inattendus, d’aventures déroutantes : on revient de loin et Dieu sait où l’on va.

Avec pudeur et simplicité, plusieurs mentionnent ce qui les attend : un changement de destination dans le diocèse, après dix années passées dans une paroisse précise. Par le jeu des chaises musicales, il vont se retrouver à l’autre bout du territoire ; il va falloir une fois de plus déménager, quitter des amis, rencontrer de nouvelles figures et mettre des noms dessus : ah ! mémoriser les noms, ça devient de plus en plus dur. Tâcherons de la pastorale, ils ont traversé quarante années post-concilaires avec une ténacité d’hommes de la terre. Après les premières expériences comme vicaires ou comme professeurs dans des collèges, ils ont connu la responsabilité de curés ou de doyens, et les voilà qui reviennent plus ou moins à la case départ, sous l’appellation nouvelle de « prêtres coopérateurs » dans des paroisses récemment reconstituées. Et tous de dire : mais qu’est-ce que c’est au juste un prêtre coopérateur ? On va le demander à notre évêque !

Quelques uns ont vécu de fortes expériences en Afrique. Partis comme « fidei donum » ou comme pionniers, ils connaissent la vitalité des communautés noires et leurs problèmes ethniques ou autres. Gaby a vu de près les massacres au Rwanda ; on lui a mis la machette sur le cou. Accusé faussement, il a dû rentrer précipitamment en France, où Golias l’attendait pour un complément de persécution. Parfois on s’étonne d’être toujours vivant !

Il y a aussi ceux que la maladie ou l’infirmité tenaillent particulièrement : André, presque aveugle à cause du diabète et condamné à trois séances de dialyse par semaine : « je n’avais pas envisagé ainsi mon sacerdoce » dit-il avec humour. « un chemin avec Jésus crucifié ». Un autre André, sur son fauteuil de parkinsonien, ne peut plus guère converser avec nous, tant sa voix est difficile à percevoir. Mais il a encore la force de pousser sa chanson au cours du repas : « un paysan revient de guerre… » et nous chantons avec lui. Gabriel, hémiplégique depuis vingt ans, suite à une opération ratée, continue vaillamment son ministère au sein d’une équipe. Sans quitter son fauteuil roulant, il baptise, célèbre des mariages et des funérailles, et il est heureux ; ça se voit.
Les absents ont donné de leurs nouvelles , notamment Christian qui a suivi pendant 14 ans Mère Thérésa à Calcutta et ailleurs; il était à ses côtés quand elle reçut le prix Nobel de la Paix…
Il y a aussi ceux qui ont effectué l’ultime départ ; nous en faisons mémoire : Armand, mort accidentellement dès le début de son ministère, un soir qu’il revenait d’une réunion… Georges, parti de son plein gré ;on ne sait par quel désespoir… Louis-Marie (Billé), le plus jeune du cours, emporté en quelques mois par un cancer. Evêque épuisé par les tâches et les responsabilités, cardinal peu sensible aux honneurs, il prenait le temps d’écouter l’un ou l’autre quand il passait à Aix ou à Lyon. L’un de nous lui disait : « Louis-Marie, dois-je te féliciter pour ta barrette ? » -« Paul, si ça te fait plaisir, ne te gêne pas ! ».

Il y a aussi ceux qui, avant ou après la prêtrise, ont opté pour des chemins différents ; dans les paroisses, la plupart consacrent un temps précieux à l’animation ou à la gestion. Certains n’ont pas supporté les prudences excessives de l’Institution et ses réticences à faire advenir des réformes ou des évolutions qui paraissent urgentes. Dans la mouvance de « Parvis », avec aussi des prêtres sur le terrain, ils militent pour une Eglise autrement, et ils cherchent à vivre leur foi dans des zones frontières, où la protestation et l’action au nom de valeurs essentielles demeure un signe évangélique, tout comme l’investissement dans la solidarité ou le politique.

A quelque trois longueurs des soixante dix ans, nous n’avons pas l’impression d’avoir terminé notre parcours. La mélodie qui nous reste est celle du chant d’envoi : « Tournés vers l’avenir »…

Claude BERNARD
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En marge du  VENDEE GLOBE 2008.

Du bonheur pour des enfants malades.

 

Des enfants atteints d'une maladie incurable ont pu, eux aussi, participer à la fête. Trois associations l'APPO ( Association des  plaisanciers de Port Olona), les organisateurs du Village   et l'association "Rêves" ont uni leurs efforts et leur compétence pour offri,r à ces enfants et à leur famille,  le bonheur  de sortir en mer, de passer la nuit sur un bateau, de rencontrer des skippers du Vendée-Globe

C'était dans l'effervescence de la préparation  . Au  club-house de Port Olona, Mr le Député-maire, Louis Guédon a pris la parole pour souligner la solidarité des gens de mer et des associations  qui allaient permettre à des enfants de réaliser un rêve. Puis les familles se sont installées dans les bateaux, selon l'organisation mise en place par l'APPO.  Une première pour la plupart de ces enfants et leurs familles.  Des skippers n'ont pas hésité à confier la barre à ces marins d'un jour qui voyaient le bateau s'incliner ou se redresser sous leur action. Sous l'étrave ou à la poupe, les vagues défilaient sournoises, en grand désordre et comme à la dérobée. Deux heures de mer cela a suffi pour se remplir la tête d'images inoubliables.  Au retour il leur était offert une démonstration de chiens sauveteurs: de valeureux adhérents de l'APPO n'hésitaient pas à se jeter à l'eau dans le port.  afin de De magnifiques et puissants Terre Neuve les  prenaient par le bras dans leur gueule et ramenaient à terre les naufragés volontaires.

Après un repas de fête organisé par des adhérents de l'APPO, les enfants   découvraient la magie d'une nuit à bord sous le cliquetis des drisses dans les mats. Le lendemain après le petit déjeuner à bord, visite du village et des bateaux de course arrimés au ponton du Vendee-Globe avant le départ prévu le 5 novembre. Une famille raconte ;

"Les enfants ont pu voir Vincent Riou  sur "PRB" et Dominique Wavre  sur "Temenos" sur leurs bateaux, ils s ont même rentrés à l'intérieur de chacun d'eux. Ensuite nous sommes allés faire une ballade en mer avec un bateau de pêche, et aperçu, par la même occasion, Vincent Riou qui était en pleine mer."

Après ce week-end d'exception, une éducatrice concluait:  La manifestation "RÊVES "  a été pour tous ceux qui ont pu la vivre un moment extraordinaire de magie. Magie des sourires des enfants, de leur émerveillement, de leur étonnement.  Magie d'avoir bleuffé les parents en les aidant à réaliser un des "RÊVES" de leurs enfants, peut être aussi, un de leurs "RÊVES" à eux parents." C.B.

 

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ITINERAIRE perso  

 

C'était à la Flocellière dans  une famille paysanne :parents et grands-parents, petits propriétaires terriens et exploitants agricoles. Beaucoup de fierté et d'esprit d'entreprise du côté des Boudeaud-Puaud, la famille de ma mère. Plus de modestie et de souci de ne pas se distinguer, chez les Babarit-Babarit, famille de mon père. Naissance au hameau de la Turpinière, le dimanche 5 mai 1935, entre la messe de 9 h. et celle de 11 h ! Sur le chemin de l'école, chaque jour 4 kms  aller et 4 kms retour de buttes à monter et descendre. Quelquefois aussi le dimanche  quand la voiture à cheval n'était pas disponible. A l'initiative de ma mère, encouragée par ses propres parents,  on m'oriente, bien avant la fin du primaire. vers des études . Mr le Curé Soulard m'inscrit au prestigieux collège St Gabriel  à St Laurent s Sèvre, un an avant la rentrée en 6°, sans que je me projette dans l'avenir.

1945. Mon père rentre de 6 ans de guerre et captivité en Allemagne.

Entrée au petit séminaire en septembre 1947, suite au passage dans l'école primaire d'un prêtre chargé du recrutement, le Père Arnaud. Un recruteur des Frères de St Gabriel venait aussi parfois dans cette école, mais de toute manière, je ne  me voyais pas « religieux frère. »  Collège ou séminaire ?  La décision est prise après une retraite fermée sur trois jours. On nous avait montré le film « La Relève » dans lequel un jeune garçon vient remplacer son vieux curé défaillant. L'image de mon vieux du curé dans son presbytère avec sa vieille sœur comme gouvernante continuait d'habiter mon imaginaire.Il y avait aussi l'exemple de l'abbé LMarie Daviaud, cousin germain de ma grand-mère et curé de St Sornin. Mon père, envoyé par ma mère me pose la question « Veux-tu entrer au séminaire ou au collège? ».Hésitation. Mais il faut donner la réponse sans attendre car la rentrée est proche.. Ce sera le petit séminaire St Michel L'option était prise. A cette époque, il était bien entendu que si l'on entrait au petit séminaire c'était parce que l'on était ouvert à l'idée de devenir prêtre.  Nous sommes environ 90, répartis en trois sections de sixième scolaire.

Pour la rentrée les 20 kilomètres sont parcourus dans la benne du GMC américain des carrières Sicot. Le carburant était encore délivré avec des bons. Un jerrican venait de la Turpinière sur des bons attribués pour un moteur agricole. Dans les allées de St  Michel, l'une des premières 4 chevaux Renault, neuve et rutilante.

Installation des nouveaux à la salle d'études, tiroir du réfectoire avec son nom, et place au dortoir. Je suis contre la cloison. Voisin immédiat Claude Bernard. Tout en rangeant le linge du trousseau nos mères font connaissance. Les premières nuits on entend les pleurs de petits sixièmes que le surveillant vient réconforter.

Il faut s'habituer à la vie d'internat. Un matin d'hiver, grand émoi. A la prière du matin dans la salle d'études une place est vide, celle de Robert Lampérière. On le cherche partout dans le bois, sur la route. Le Père Bossard enfourche sa moto pour éventuellement le rattraper. Inutilement. Robert arrive chez lui  à Vendrennes pour déjeuner.

Classe de 4° à Chavagnes. Sans sortie ni promenade le dimanche et  enfermés dans ces grands murs, nous rêvons  du tout nouveau séminaire des Herbiers où nous serons l'an prochain dans un espace sans clôture.

 

1950 :  :il m'est donné de chanter comme soprane dans la chorale pour l'inauguration du séminaire en présence du Cardinal Roncalli, futur Jean XXIII.

 Bourse partielle  d'études à partir de la seconde aux Herbiers, ce qui va soulager les parents qui ont toujours tenu à payer la pension complète. Bonne réussite scolaire, surtout en français.  Incertitude, quant à l'avenir mais indécision dans un sens favorable à cette vocation jusqu'à la Terminale : Pourquoi pas, si on m'appelle ? La vocation se concrétise par l'appel de l'Eglise. On le verra plus tard avec les diacres permanents. Plusieurs n'y avaient  pas pensé avant que quelqu'un, au nom de l'Eglise, ne les interpelle.

  De plus lors des récollections et retraites de début d'année ou de trimestre on nous parlait souvent  comme à des futurs prêtres qui devaient  veiller à ne pas « perdre leur vocation. » En classe de terminale, appelée alors classe de Philosophie nous étions 48, comme en témoigne l'image-souvenir éditée en fin d'année. L'enclenchement pour le grand séminaire  pouvait se faire quasi automatiquement. Dès le mois de décembre, la maison Blanvillain d'Angers et en janvier  la maison Meslier de Luçon  nous envoient leurs représentants pour prendre les mensurations, et choisir nos soutanes en vue de la rentrée d'octobre à Luçon.  Nous étions convoqués, et parfois surpris, d'être mis si vite devant ce choix très concret. L'effet de groupe est important. On se concerte sur le meilleur choix pour une soutane, un surplis en nylon ou en fil, sur l'achat obligatoire  de ce bonnet carré qu'est la barrette, à tenir par le petit doigt lors des liturgies.  Il était difficile de laisser voir à ses camarades qu'on n'était pas forcément prêt dès décembre ou janvier à une telle décision 8 mois avant la rentrée au Grand Séminaire..

 Suivant la filière, plusieurs d'entre nous se retrouveront prêtres, sans peut-être avoir complètement mûri ce choix.  Même au service militaire, le statut de séminariste protégeait énormément des risques ou chances de s'affronter au monde, à la féminité, à la vie hors d'une institution fermée. « Pas de blague je suis séminariste » avait clamé un jeune clerc invité à danser lors d'un mariage.

 

Cérémonie de la première tonsure au bout d'un an de grand séminaire, à 19 ans ce qui fait de nous des clercs  inaugurant – mais comment le savoir ? -  le décompte des 37 ans et demi  qui donnera accès à une retraite.

Mais il faudra laisser repousser les cheveux pour retrouver le costume civil, en stage de  moniteur pour  colonie de vacances dès juillet. Plus de tonsure non plus, un an après  au printemps 1956 pour  28 mois sous l'uniforme militaire.

 Au  6° Génie d'Angers, formation à la construction de ponts, au maniement des explosifs… puis à  la gestion. De sapeur-mineur-pontonnier je deviens gérant du Foyer à l' EAG  Il s'agissait surtout d'accueillir les élèves Officiers en dehors des heures de service.

Lors d'une  permission un samedi en stop le jeune homme qui m'avait pris dans sa 4 chevaux Renault dérape dans un virage du Mont des Alouettes aux Herbiers. La voiture saute le talus. Par chance elle retombe sur ses roues en contrebas et je me retrouve  à  côté de la roue arrière-gauche, assis dans un champ de  blé Pas une égratignure. J'ai été éjecté par le toit ouvrant. Le conducteur souffre d'une fracture du crâne.

 Au bout de 14 mois, tout soldat sans handicap sérieux doit partir en Algérie. Le gradé qui voudrait bien me garder au service du  « Foyer de l'Ecole »  me demande si je n'ai pas  de l'albumine ou quelque autre allergie aux vaccins. Ce n'est pas le cas.

 

Juillet 1957.

 Débarquant à Alger,  on saute dans les camions. On nous met entre les mains  une arme que nous ne connaissions pas, la carabine US et les chargeurs adéquats,   au cas nous tomberions en embuscade.  Traversée des gorges de la Chiffa où les  Fellagahs   dressaient des embuscades depuis le surplomb des falaises. Rien ne se passe mais l'insécurité sera  permanente dès que l'on sort du petit bourg de Ben-Chicao. J'y serai 14 mois dans les montagnes au sud de Médéa. Neige l'hiver. Canicule l'été. Je dors avec la mitrailleuse 12. 7 sous mon lit, prêt à « gicler », car nous sommes d'alerte une nuit sur deux et je suis adjoint au chef de patrouille.

Opérations de maintien de l'ordre. Sorties fréquentes en camions GMC. Lors d'une patrouille à pied dans les vallons du Fernen,  le lieutenant me demande de faire mettre en batterie le fusil mitrailleur et d'ordonner le tir sur un type en djellabah qui courait de l'autre côté de la vallée. La silhouette s'effondre et dévale la pente. Je n'oublierai jamais.

Devant les tortures perpétrées dans les sous-sols de la mairie à Ben-Chicao, dire sa réprobation est sans effet  Heureusement il y avait l'accueil du P. François de l'Espinay à la Bouzaréah, dans les hauteurs d'Alger. La place manquait. Tout aumônier général qu'il était,  François exigeait que je prenne  sa chambre et lui dormait sur un lit de camp dans le couloir.

Pour se rendre à Alger, 100 kms en camion ou en jeep il  était indispensable d'y descendre  armé et en escorte. Lors d'un convoi, dans le GMC bâché, on nous avait mis à nos pieds un soldat mort enveloppé dans une couverture kaki,. Le corps balloté dans les tournants, passait d'un bord à l'autre, à même la taule, au fond du camion. On le déposera à la morgue de l'hôpital.

 Pour circuler seul en ville d'Alger, même en civil,  dans la petite sacoche, la Bible de poche côtoie le révolver 9 mm. En 1958 il y avait des attentats quasi-quotidiens. Sous cet aspect 30 ans après, rien n'avait changé.

En France, de Gaulle revient au pouvoir. La guerre se poursuit et nous sommes maintenus sous les drapeaux,  de mois en mois, sans avoir aucune permission pour revoir le pays, car à chaque saison notre libération est annoncée comme prochaine. Maigre consolation, la solde d'un caporal-chef  équivalait à celle d'un sous-officier en début de carrière. 

Au retour d'Algérie, 3 ans de théologie à Luçon . Les anciens soldats se sentent  solidaires. Retrouver le règlement très strict de la maison est une épreuve.  La maison a ses usages. Le chanoine P. Douillard, économe,  assure chaque matin la messe des 10 ou 15 Religieuses au service de la maison. Il me reprend comme « servant de messe »  et chaque matin,  je suis à genoux, en soutane et surplis, devant la communauté des Sœurs de Mormaison, en leur chapelle.

  En fin de deuxième année de théologie, c'est  le sous-diaconat où il est demandé un engagement par écrit au célibat, un document dont j'ai gardé le double.

 

Prêtre en 1961 à 26 ans en même temps que Gabriel Préau, de la Flocellière également.  Nous sommes tellement nombreux, avec  les sous-diacres et diacres, que les ordinations se font sur deux jours, les 28 et 29 juin. Première grand'messe à la Flocellière suivi d'un repas à la Turpinière avec de nombreux invités, famille et amis et des cadeaux. comme pour un mariage.

Vacances  en famille. Travaux des champs, moissonneuse-lieuse pour le blé,  mise en « chintias » des gerbes dans les champs », charroi  et grands tas en vue des battages et tous les matins la moto pour aller célébrer la messe à la chapelle de Lorette.

Une feuille de nomination m'est remise par Mr le Curé, un matin après la messe.

5 ou 6 des 25 ordonnés sont envoyés comme jeunes prêtres, dans les séminaires et collèges. Je suis à Chavagnes: pendant 5 ans. Le 5 août 1961 le Chanoine Coumailleau  m'avait écrit:" Vous savez qu'à cause de l'état de votre voix, Mgr vous attribue –pour cette année – le rôle de l'étude des 4° au Petit Séminaire de Chavagnes…Vous aurez à faire à une centaine de bonshommes de 13 à 15 ans. Pour l'année suivante le même supérieur me demande si je n'accepterais d'être professeur de classe, par exemple d'une sixième. Pour la même raison je n'accepte pas. Ce problème de voix ne s'arrangera qu'avec la rééducation suivie à Paris 10 ou 15 ans plus tard.

 

 Jacques, mon frère, de 15 ans plus jeune, m'y rejoint après une année de sixième au collège de Pouzauges. Il est dispensé de certains cours pour rattraper le latin que ses 80 camarades avaient commencé un an plus tôt.. Apprécié de ses condisciples il est élu par eux, à bulletin secret, pour être leur délégué à la fête patronale du 8 septembre. Dans ma salle d'études,  90 élèves de 4° scolaire environ. En 1963 on y ajoute  20 élèves de 3°, faute de place aux  Herbiers. Je préside au silence et  j'organise  les loisirs sur la cour et en promenade pour les grands : tous ces jeunes sont considérés comme pouvant devenir prêtres. Celui qui manifeste en cours d'année la volonté de ne pas poursuivre dans cette voie est orienté vers un collège. Ils sont 300 élèves à Chavagnes, de la 6' à la 4', tous ouverts à ce projet, sans compter l'annexe des 6° et 5° de la Flocellière.

 J'édite un livret de prières. Je corrige les copies de grec pour le compte du professeur de classe. Il me  revient aussi  de prévoir chaque matin  la lecture des titres du journal par un élève au micro  pendant le petit déjeuner, en silence.

Beaucoup de convivialité entre les 20 professeurs prêtres dans cette maison. Les plus jeunes d'entre eux font du catch dans les couloirs, du volley ou du foot avec les élèves les plus grands sur la cour et en promenade

Des matchs prof' contre élèves rencontrent un franc succès. Les maîtres se retrouvent autour d'un verre de muscadet pour l'anniversaire de l'un ou l'autre avant le repas avec les élèves. C'est au moment où nous fêtions la st Clément que nous apprenons l'assassinat du Président Kennedy.

 La réforme liturgique de Vatican II n'est pas encore en place. Tous ces prêtres célèbrent individuellement leur messe le matin avant le petit déjeuner, assisté chacun d'un servant.  La plupart d'entre nous avons entre 5 et 20 « dirigés » que nous recevons individuellement, tous les 15 jours ou pour certains chaque semaine.

 

Les vacances d'été sont mises à profit pour du service paroissial. Poissy sur une indication de Mgr Malbois la première année. Puis Cassis,  près de Marseille durant deux saisons, suite à une annonce dans le journal La Croix. La dernière fois où je porterai la soutane, c'est pour faire du stop afin de me rendre à Cassis.  Un producteur de l'ORTF  me prend à son bord  dans le Massif Central. Il m'invite avec lui au restaurant mais le soir je n'aurai d'autre choix que de chercher un hôtel pour dormir.

A Cassis, le curé Dessous me demande d'assurer le «  baptême » d'un bateau. Le parrain est l'acteur Fernandel. Une photo pérennise la sortie en mer. L'acteur de cinéma me souffle au bar de la Marine : « Mr l'abbé, si j'étais vous je dirais la messe avec du pastis. »

 Chaque année  je participe à  un camp-mission Thivollier, l'été  au Tréport et St Jean de Luz. Garçons et filles sortent en boite le soir pour rencontrer et témoigner. Dans la journée sur  la pelouse verte on s'exerce à danser le rock et on discute beaucoup.   Chaque jour partage d'évangile et  messe sous la tente bleue en  plein camping.  L'hiver les camps-missions prennent une autre forme avec le ski, notamment à Haute-Luce en Savoie.

 

1966: sur ma demande et pour ne pas rester indéfiniment en internat,  premier poste de vicaire en paroisse: St Pierre du Bourg sous la Roche. Formation dynamique et ouverte, avec l'abbé Gérard Pouzet, nouveau curé. Accompagnement des équipes de JOC.. Pour PARIS 67 il y a 50. 000 jeunes au Parc des Princes dont 150 de la Roche sur Yon.

 Chaque été et durant 5 ans, un voyage de 15 jours avec l'Office franco-allemand. Animation avec Robert et Colette Bernard. En 1969,  besoin de prendre l'air du large. Partirai-je au titre de  « Fidéi Donum »  comme Gabriel Préau, Raymond Brochard, Paul Michaud et d'autres ?  Ce sera la région parisienne mais Mgr Cazaux me demande d'attendre encore un an.

 

1970 . Contrat avec le diocèse de Corbeil Evry .  Mgr Malbois, le premier évêque de ce nouveau diocèse, qui connaît ma famille depuis mon enfance,  se dit heureux de m'accueillir. Ce sera Draveil,  au doyenné de Juvisy pour 3 ans : une équipe de 5 prêtres pour 30.000 habitants.

 

1973

Nommé seul à ND des Cités sur Viry-Chatillon, toujours au même doyenné  pour 10.000 habitants dans une cité de fonctionnaires. Au bout de 3 ou 4 ans j'obtiens  l'autorisation de mes deux diocèses pour un travail professionnel à temps partiel sans cesser le service paroissial. Je trouve un emploi à mi-temps  au Bureau d'Aide Sociale de la Mairie du 13' à Paris. Ce sera les  après-midis. Je rejoins en voiture ou par le train de banlieue et métro..

Fonction: coordination des clubs du 3' âge ( 4 ou 5 clubs) ouverts tous les jours sur l'arrondissement. Gestion des vacataires intervenant au club des retraités de la Glacière.  J'entre aussi en formation  d'animateur socioculturel. Cette formation s'étale sur deux ans avec 3 stages théoriques de 3 semaines chacun : droit, gestion, pédagogie et  techniques d'animation ,  Il faut choisir deux spécialisations. Ce sera : "la voix, chantée et parlée" et  « l'organisation  de voile-croisière ».

De plus, pendant 3 ans 1/2, chaque semaine, je me rends pour une demi nuit à Evry, comme écoutant à  « Sos Amitiés ». Expérience forte et travail d'équipe très formateur, grâce à une relecture de ce qui  résonne en nous des paroles entendues, par exemple sur la mort,  la sexualité, etc. Ce  groupe est piloté  par un psy.  S.O.S. Amitiés, est cet espace où se déversent les confidences les plus stupéfiantes, encouragées par l'anonymat et où arrivent les pires affabulations. L'écoute se veut non directive tout en étant positive et aidante.

Je suis investi  par ailleurs à l'aumônerie  en ACGF. 40 équipes au doyenné de Juvisy. A « l'Aire Libre » aussi, forme nouvelle de présence d'Eglise, à l' Agora d'Evry. Un  prêtre de Paris, Jacques Breton y enseigne la méditation dans l'esprit du  zen. Il écrira plus tard : «Le Japon du silence et de la contemplation  du Christ».  De retour en Vendée, l'enseignement reçu me  permettra de mettre en place des temps de méditation « zen » dans le cadre de la Pastorale de saison  à la « Solitude » de Bourgenay, vers 1984-85 .

 Pour la paroisse à N.Dame des Cités, dans ce quartier sans retraités ou presque, l'équipe des laïcs actifs  assure une excellente gestion. Pour le prêtre que je suis, trois messes le dimanche ? dont une le soir à 18 h et de nombreux baptêmes et mariages. Les sépultures sont très rares.

Pour le 2° dimanche de l'Avent  1974 il m'est demandé d'accepter la messe télévisée. Dès le samedi midi 40 techniciens s'affairent dans l'église pour installer  cables,  caméras et  rampes d'éclairage ainsi que la régie.

Pour la liturgie on nous avait dit : « Faites comme vous avez l'habitude ». Ce fut simple. Il n'y avait pas de servants d'autel ce jour-là. Après la messe, des témoignages  émouvants arrivent des 4 coins de la France.

 

Depuis Viry, retours fréquents à la Flocellière à la faveur des vacances, et travaux de restauration à la Turpinière pour la partie de la vieille maison où les parents retraités s'installaient.

 Chaque été, courses en montagne dans les Alpes:  l'Oisans, sommet des Agneaux, col des Ecrins... à Chamonix, la Tour Ronde, la traversée d'Elbronner, le refuge du Gouter et le Mont Blanc où j'arrive seul, progressant en solitaire du refuge Vallot au sommet. Chaque hiver,  je rejoins l'équipe des skieurs à Valloire, inaugurée  du temps où j'étais en paroisse à Draveil.

 

1980   Massy. Un deuxième mandat au conseil presbytéral me permet d'être au contact de la plupart des prêtres du diocèse de Corbeil,  pour lequel nous votons le  transfert de l'évêché de St Germain les Corbeil à Evry.

Résident dans ce grand ensemble construit sur les deux communes de Massy et Antony, je vis seul au 13° étage. Auparavant vivaient là  4 prêtres, dont Henri Durand et  Jacques Pé. Dans le même escalier,  Pierre Juquin, alors candidat du P.C. à la  présidence de la République.

 

Je rejoins chaque jour une équipe de 4 ou 5 collègues pour le repas du midi au Vieux Massy et le partage des activités paroissiales. En mars 1982, une jambe cassée au ski  me contraint à porter des  cannes anglaises sur 4 mois. Activités paroissiales reprises après un mois de repos:  en juin il m'est donné de célébrer 4 mariages  à la suite en l'église de Massy sans quitter le siège du célébrant, ne pouvant me déplacer sans les 2 cannes.

 

 

Eté 1982   Pierre Hervouet, vicaire épiscopal de Luçon, insiste pour mon retour en Vendée:" un contrat temporaire" par définition doit s'arrêter. Or il a déjà été renouvelé 3 fois. Il se dit d'accord pour qu'à mon retour je puisse travailler à temps partiel dans le socioculturel. Ce qui va s'avérer impossible à mettre en place.

 

Nommé à St Hilaire de Loulay, tout en étant curé je poursuis la formation DEFA , avec comme technique d'animation, la voile. A terme " Jeunesse & Sports" m'accorde le diplôme "d'aptitude à l'organisation et à l'animation de croisières".

Ceci me permet d'emmener en mer, à partir de 1988, de nombreux jeunes de milieu populaire à la Roche sur Yon, notamment avec les maisons de quartier  de cette ville.

 

1985: Nommé en 1984 aumônier diocésain pour la J.l.C.F (Jeunesse Indépendante Chrétienne Féminine) il est souhaité que je sois dans un lieu plus central et j'arrive dans l'équipe  St Louis à la Roche sur Yon.

 

1987:   Il faut un curé à St André d'Ornay. Paul Groisard qui s'y trouve vicaire est consulté. Il vient me voir pour vérifier nos compatibilités. Déjà deux ans auparavant on m'avait dit:" il va falloir un curé à St André. On t'en parle". Je ne suis donc pas surpris de la demande.

 

N'ayant pas trouvé le temps d'un travail professionnel à temps partiel et ne voyant pas bien comment cela pouvait se faire tout en étant curé de paroisse,  je m'investis aussi à la maison de quartier qui coordonne des activités "voile en mer" pour des jeunes de divers quartiers. Je suis aussi au  C.A. de l'association des Lauriers qui gère l'accueil et l'hébergement des jeunes hors de leur famille.

 

Juin 1990 : le vicaire épiscopal me demande si j'accepterais de devenir curé en même temps des deux paroisses Ste Thérèse et Saint André. Cela nécessiterait que j'habite à Ste Thérèse.  Je ne donne pas suite. Damien Papon accepte de venir à Ste Thérèse.

 

1994

Au bout de 7 années plutôt heureuses avec un excellent coéquipier, Paul Groisard, on m'appelle pour un autre poste. Après 13 ans à la Roche sur Yon, sur trois paroisses en trois séjours, ce sera les Sables d'Olonne.

Me trouvant au C.A. de la maison de quartier à St André d'Ornay, l'association anticipe sur la paroisse pour des adieux où m'est remise la médaille de la Ville de la Roche, en raison sans doute des activités auprès des jeunes de milieu populaire. C'est le moment de quitter l'équipe diocésaine du diaconat permanent et l'aumônerie de la JICF.

Le diocèse m'avait demandé si j'acceptais d'aller aux Sables d'Olonne, pour un temps à la paroisse et un temps à l'aumônerie de l'enseignement public.

 

Au bout de deux ans le conseil épiscopal, trouvant sans doute que j'avais tout oublié, me propose un an d'études à la Catho de Paris "L'année de Formation aux Ministères."

 En temps de vacacances il m'est donné d'organiser avec d'autres, sur un bateau de propriétaire et en équipage des temps de navigations et de partage "Mer & Bible", ainsi que des sorties, avec qui le souhaite et notamment l'association « Grand Largue »  pour  jeunes en difficulté sociale.

 

1996

Riche année de formation, avec insertion à la paroisse Notre Dame des Champs, à deux pas de la Catho à Paris. Avec près de 50 autres, prêtres, religieux, religieuses et une laïque : Sylvie Simon. Avec son mari Alain, Sylvie  viendra souvent, naviguer  en Vendée et participer au groupe  « Mer & Bible » animé par Michelle Buret.

A l'AFM, de septembre à juin   des experts  défilent, semaine après semaine, dans nos cours. Nous ne manquons pas non plus  d'exercice physique. Pour accéder au cours il nous faut grimper  7 étages sans ascenseur  plusieurs fois par jour. Circulation en vélo dans Paris entre les restaurants universitaires et immersion dans le milieu étudiant: un bain de jouvence et une ouverture inégalable. Cette formation se conclut en juin par une semaine à Nazareth et deux semaines à Jérusalem.

Tout au long de cette année, pour mes parents bientôt nonagénaires, en maison de retraite, à la Flocellière, je descends tous les 15 jours  et assure avec eux une célébration le dimanche.

 

1997

A la Pentecôte 97  il m'est proposé un poste de vicaire- coopérateur, avec résidence  aux Brouzils . L'équipe pastorale que nous allions constituer  en septembre me paraissait sympathique. Septembre : démarrage de la nouvelle paroisse " Louis Marie Baudouin" avec Auguste Rambaud, Jacques Briffaud et Louis Raynaud, diacre permanent, Major de la gendarmerie, en retraite aux Brouzils.

 

Grâce à des laïcs,  le presbytère s'ouvre en semaine pour des permanences et l'accueil,  comptabilité, secrétariat. Les 4 équipes liturgiques  ont désormais chacune leur animateur. A la Copechagnière aussi.

Au doyenné une équipe d'ACI  et du scoutisme, mais ces équipes s'arrêteront bientôt faute d'encadrement  pour le scoutisme et de motivation pour l'ACI..

Equipe d'accompagnement des familles en deuil, la première et d'abord aux Brouzils.

A Sainte Anne de la Flocellière, dans l'espace familial j'exerce une surveillance, sur les arbres, fruitiers et autres, sur les clôtures, l'entretien des batiments, avec mon frère Jacques co-propriétaire et Guy attentif aux 4 ou 5 moutons qui s'y épanouissent.

Pied à terre  assuré  aux Sables, cours Blossac, où un studio équipé me permet aussi d'accueillir parents et amis. Depuis l'Herbergement, le train  TER facilite les aller et retour grâce à la carte Senior et au «  bénéfice de l'âge. ».

 "Cap Vrai Atlantique", "Grand Largue", Mer et Bible"  sont des lieux où toujours m'investir, pour le retraité Cavimac et Régime Général  que je suis, tout en conservant une responsabilité en paroisse.

 

L'âge de la retraite ?

"Pour la première fois le prêtre vit une rupture. Auparavant ce qui était dit à 25 ans devait ne se rompre qu'avec la mort. Or voilà que la retraite est devenue possible pour le prêtre. Une retraite , manifestée socialement par la Camavic, qui provoque à une interrogation sur le statut et sur l'identité et qui a des répercussions sur la théologie elle même. (Louis Michel Rénier, doyen de la Faculté de théologie d'Angers).

            Seulement voilà la relève du côté des prêtres, fait défaut et je suis le moins âgé de l'équipe, mais la santé tiendra-t-elle ? Décembre 2002, inquiétude pour une tumeur osseuse évolutive située sous l'os iliaque.  Quelques craintes avant  biopsie et analyses. Ablation en avril 2003. En mai chirurgien et médecin traitant assurent qu'il n'y aura aucune séquelle.

 

 Comme le souligne Alain Gérard (Echo de l'Ouest 17 1 03) « L'édification d'une Vendée chrétienne, c'est à l'œuvre d'un Baudouin, d'un Monnereau qu'on la doit. Ils auront l'idée géniale d'appeler des gens du peuple à donner des prêtres à l'Eglise. » On pourrait ajouter des Religieuses.

 En 1814,  un jeune curé,  Pierre Monnereau, 27 ans, arrive aux Brouzils sur les ruines de la Révolution. Il fait confiance  à  quelques paysans pour la catéchèse dans les villages et hameaux. Il facilite l'instruction  des jeunes filles qui vont à leur tour scolariser  des milieux tenus encore à l'écart de l'instruction.

Aujourd'hui encore la société ne cesse de changer. Avec Louis-Marie Baudouin, «Aimons ce temps tel que Dieu nous l'invente »                    2 juin 2003.

 

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LE COURS suite 2

 

5. Armand Chevreau   ( dcd le 31 mars 1970)

 

En souvenir fraternel

 

Homélie prononcée à la messe de sépulture par l’abbé Eugène Couturier, curé d’Aizenay.

 

 Nous étions dans la joie de Pâques. Le Vendredi-saint, M. l'Abbé Chevreau avait célébré lui-même l’office de la Croix. il l'avait présentée à l'adoration des chrétiens.

Le Samedi-Saint, il avait reçu à son confessionnal plus de 250 personnes, tâche fatigante à coup sûr et à certains égard parfois décevante, mais journée au cours de laquelle le prêtre qu'il était avait connu des joies si profondes et vraiment surnaturelles.

La Fête de Pâques il l’avait soigneusement  préparée pendant des semaines, avec la chorale.

            Et ce lundi de Pâques, les exigences de l’amitié l’appelait à partager la joie d’une famille un jour de mariage, et la peine d’une autre à cause d’un décès.

 

Le soir, c’est encore par amitié qu’il avait accepté de tarder un peu, avant de rentrer, fatigué, sans doute, mais heureux d’évoquer dans sa mémoire, les souvenirs que cette journée lui rappelait.

35 ans !  Ce n'est point l'âge    où l’on se tourne vers son passé~ Doué d’une santé robuste et résistante, qu'il n'éprouvait guère le besoin de ménager, l'Abbé Chevreau avait tout lieu d’envisager encore de longues années de travail au service du Seigneur et de ses frères.

Il était né en 1935, dans une famille qui devait compter neuf enfants. Educatrice par goût la maman devait       accepter, après avoir élevé ses propres enfants, de prendre à l'école de Chavagnes-les--Redoux la responsabilité de la classe de Maternelle. Mais les parents trop tôt disparus; le papa à 47 ans, la manan à 53 ans, c’était lui l’abbé…..  Il était le lien, le trait-d’union, comme à dire ses frères et sœurs. Le 1° janvier dernier il avait réuni tout son monde autour lui à Aizenay. Et je sais combien cette journée, si récente encore marquait dans son souvenir et dans le souvenir de tous. Il savait très bien allier cette responsabilité, ce service à l’égard des siens, et sa tâche propre de prêtre.

L'essentiel pour lui, c’était de ne pas s'appartenir, mais d'être vraiment et totalement au service des autres.

Ses camarades de cours, au Séminaire le savaient. bien. qui lui avaient donné, en jouant sur son prénom d'Armand, un surnom familier dont Il ne s'offusquait nullement et qui était en même temps chez lui une marque de caractère. On l’appelait"Charmant" et de fait le mot dépeignait fort bien ce garçon sympathique. Ami de tous dans un  cours  pourtant nombreux, simple et sans apprêts, accomplissant sa tâche, de chaque. Jour sans essayer d’en faire accroire.

Ses réelles qualités d'homme lui avaient valu pendant son service militaire de parvenir au grade d'officier. Il avait accompli sa tâche en Afrique du nord, de son mieux, et

non sans héroïsme parfois, mais il n’en parlait guère, car cette période de sa vie aura été pour lui, comme pour tant d’autres une  rude épreuve.

Puis  ce fut le sacerdoce enfin, et la première rnission qui lui fut confiée fut la formation des jeunes au Petit Séminaire de Chavagnes. Il aimait cette tâche d'éducateur et d'enseignant pour le travail assidu et régulier qu’elle impose. Il devait d’ailleurs épanouir pleinement cette aptitude comme Aumônier du C.E.G. d’ Aizenay, où ses cours étaient préparés avec la précision et le fini qu’il mettait en toute chose.

Sa jeunesse dans les deux postes de vicaire qu'il occupa à Mouchamps et à Aizenay l'amena tout naturellement à se charger des jeunes et des oeuvres de jeunesse de manière privilégiée Que ce soit dans e cadre « classique » de l’apostolat, : oeuvres de loisirs ou de vacances, théâtre, patronage, chorale, il savait rajeunir par l'esprit qu'il y infusait et le souci d'éducation dont il les marquait, que ce soit sous la forme la plus actuelle des mouvements d'Action Catholique, que ce soit surtout sous la forme du Guidisme, qui, semble-t il, fut  sa tâche préférée à Aizenay, il se montrait toujours le bon ouvrier de l'apostolat qui ne prétend point faire école, ni accomplir des prouesses, mais se préoccupe de son mieux de remplir sa mission avec le maximum d'efficacité et de fidélité. On me permettra de citer ici quelques témoignages recueillis ces jours: derniers de la bouche de gens qui le connaissaient bien « C'était quelqu'un de qualifié, régulier dans son travail, un homme qui avait les nerfs bien en place, et capable d'acccomplir des tâches importantes. » Il était extrêmement serviable: on prenait vite l'habitude de dire: « on demandera ça à l'Abbé Chevreau. Il ne condamnait jamais personne, et semblait incapable de se mettre en colère....

Je m’excuse d’avoir ici peut-être dépassé les limites de la discrétion qui convient à pareille circonstance. J’ai voulu simplement exprimer la reconnaissance et l’amitié des prêtres qui l’ont connu et qui ont travaillé avec lui, des jeunes qui ont bénéficié de son dévouement, des chrétiens qui ont apprécié ses services, ses conseils ou sa collaboration.

            La dernière image qu’il a pu apercevoir l’autre soir dans la lumière de ses phares, fut sans doute le panneau indicateur annonçant Aizenay. Peut-être sa pensée en cet instant s’est elle orientée vers les tâches accomplies, vers toutes celles qui restent à entreprendre, vers les visages de tous ceux qu’il aimait, ou plutôt a-t-il évoqué dans cette dernière vision le nom de Celui pour qui il travaillait, à qui il appartenait depuis son sacerdoce, le Christ à qui il avait donné sa jeunesse, le Christ qu’il reconnaissait sous les traits de ceux qu’il côtoyait journellement, le Christ qu’il représentait aux yeux des croyants qui l’entouraient, le Christ qu’il prolongeait dans sa Messe de chaque matin comme dans ses tâches quotidiennes.

            Nous étions dans la joie de Pâques, disais-je en commençant. Nous sommes toujours dans la joie de Pâques. Car nous ne pouvons plus depuis que le Christ est mort et ressuscité le premier, voir la mort des nôtres avec les mêmes yeux.

            Quelqu’un m’a dit à propos de cette mort. «  Et pourtant le Bon Dieu a besoin de prêtres ! » Un autre a remarqué : « Encore un prêtre de moins. C’est vrai, mais ce qui est semé corruptible renaît incorruptible. Nous sommes aussi, comme les disciples d’Emmaüs. Nous ne comprenons pas, notre cœur est lent à croire. Mais les voies du Seigneur ne sont pas les nôtres et le dernier message de l’abbé chevreau doit être un message d’espérance : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire.     Eugène Couturier.

 

6. Gilles Fortin

« Le 15 décembre 2001.

Chers amis,

Depuis longtemps je voulais me manifester. Le b